Tariq Ramadan, le Stavisky qui se prenait pour Alfred Dreyfus

Où l’on découvre que le directeur de conscience à morale élastique était aussi un prof à CV extensible.

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C’est un peu comme tirer sur une ambulance à ce stade mais je me disais, en suivant la saison 2 du feuilleton Tariq Ramadan sur Netflix, que le bonhomme avait tout de même quelque chose d’admirable dans son genre.

 

Et si d’être parvenu, des années durant, à passer pour une autorité morale en dépit du style de vie que l’on sait était déjà une sacrée performance, les détails qui émergent de son parcours académique me laissent carrément sur le postérieur…

 

Ainsi donc, l’honorable théologien, qui excipait fréquemment de sa qualité de prof de philo à l’université de Fribourg sur les plateaux de télé, n’était en réalité qu’un banal enseignant de français du secondaire invité, à l’occasion, à passer une petite heure sur le campus en bénévole.

 

Quand à son poste à la super prestigieuse université d’Oxford, il s’agissait en fait d’une chaire de « membre associé » financée par le Qatar, décrochée sur l’intervention de Youssef al-Qardaoui, l’une des principales têtes pensantes des Frères musulmans, et sur laquelle les autorités académiques n’exerçaient aucun contrôle réel.

 

Pratiquement l’équivalent d’un blogueur s’essayant à l’interview sur un site d’info, en quelque sorte…

 

Oh, il appert désormais que la nature de ce CV gonflé à l’hélium (même sa thèse de doctorat est louche) pour les besoins de la cause avait parfois transpiré ici et là, mais les lanceurs d’alerte prêchaient manifestement dans le désert. Quant aux limiers sourcilleux de chez Mediapart, auxquels on pouvait déjà reprocher d’avoir fait l’impasse sur ses frasques hôtelières, ils n’y avaient vu que du bleu après des semaines d’une enquête censément « sans concessions ».

 

Mais aux derniers soutiens de Ramadan, qui le transforment volontiers en un nouveau Dreyfus depuis sa mise en examen —d’abord parce que le fameux capitaine était innocent, mais surtout parce que le parallèle entre antisémitisme et méfiance légitime à l’égard du fondamentalisme islamique est devenu une constante dans certains cercles— , on proposera un modèle juif alternatif auquel comparer leur idole : le Stavisky de l’affaire du même nom, lui aussi beau parleur de compétition et spécialiste de la métamorphose de vessies en lanternes.

 

Mais attention, cette aventure-là s’est plutôt mal terminée (on ne lui souhaite évidemment pas le même destin, il va avoir besoin de temps pour préparer sa défense céleste).

Source : Atlantico

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