Sorcières, juifs, communistes, covidés. A propos des épidémies de déraison dans l’Histoire

par Bernard Dugué (son site)
mercredi 18 novembre 2020
SOR-fbe97-bd39aCe texte est prévu pour être inclus dans mon essai intitulé, Covid-19 Mystery Strain. J’avais publié la pandémie de la peur en 2009 avec le H1N1, jamais ne n’aurais imaginé devoir parler d’une pandémie de déraison (de folie ?) en 2020. Cette analyse rejoint partiellement les interprétations de Foucault sur la biopolitique. Elle tente d’élargir le cadre en exposant en filigrane quelques ressorts conjoncturels et psychologiques de ces événements. Je n’ai pas le temps d’expliciter tout cela. Je fais aussi de l’épidémiologie et de la virologie et Dieu sait s’il y a des choses à connaître 

 Sorcières, juifs, communistes, covidés

1) Le jeu est risqué mais il vaut la chandelle car il pourrait bien nous éclairer. Je propose de mettre en perspective quatre périodes traversées par des crises de régime atteignant les appareils d’Etat, les hommes qui en ont la charge et par ricochet les populations. Toute l’Histoire moderne se résume à des régimes en équilibre relatif, paix, stabilité ou alors en crise et souvent en tension face à d’autres régimes, ou alors traversés par des factions internes. Les deux étant souvent associés. En plus des oppositions géopolitiques ou de politique interne à l’appareil (gouvernement et opposition), les hommes de main du régime mènent parfois des opérations contre une partie de la société. Déterminer les causes est difficile, mais l’on peut parler d’une coïncidence systémique. Cette coïncidence n’a rien de contingent. Elle se produit parce que l’appareil et les hommes de main du régime sont en étroite interdépendance avec les populations. La France de 2020 a révélé une « sorte de relation sadomasochiste » entre l’appareil d’Etat et une partie du peuple. En revanche, la France de 1970 a révélé une sorte d’élan collectif vers un monde meilleur, partagé par l’appareil d’Etat et le peuple. Sur le rapport sadomasochiste entre l’Etat et le peuple, je verrais aussi une sorte de nihilisme, qui fonctionne de concert avec un certain sadomasochisme de type sociétal.

L’appareil du régime dépend du travail, de l’économie, des agriculteurs, de la paix civile, et plus récemment, de la santé publique, bref, de toute une vitalité sociale et culturelle sur laquelle il exerce son autorité pour garantir le « bon fonctionnement » de l’ensemble. Si en philosophie politique classique la question est celle du meilleur régime, en philosophie moderne, une question est devenue centrale, c’est celle du meilleur Etat. Pour Voltaire, le régime monarchique absolu est le plus adapté pour veiller au fonctionnement optimal de l’Etat et faire en sorte que les citoyens respectent les lois. Le droit indique comment les sujets agissent en étant dans les règles du droit ou en dehors des règles. Le code de l’Etat de droit, c’est permis/interdit. Ce droit pouvant être laïque ou religieux. En Islam politique, il existe un code licite/illicite.

 

2) La chasse aux sorcières. A l’époque moderne, les régimes se sont appliqués à contrôler le corps social. Cette évolution constitue l’un des composants essentiels de la Modernité. Elle s’est faite avec les progrès de la science. Le marteau des sorcières est un manuel scientifique conçu avec les savoirs de l’époque, c’est un traité de démonologie. Un code en résulte, possédé ou non par le diable (Plus tard, une perversion de l’évolutionnisme conduira le régime nazi à scinder l’humanité en deux, juifs et non juifs. Le maccarthysme traquera l’ennemi intérieur, le communiste). La Modernité est liée aux « sciences de l’homme » conçues comme un savoir-faire dont le but est d’organiser le champ social et politique. Machiavel fut le premier à théoriser ce tournant décisif. Un demi-siècle après la parution du Prince, les guerres dites de religion émergèrent en France avec la Saint-Barthélemy. Selon le philosophe Thierry Ménissier, le machiavélisme influent à la cour de France a pu expliquer la décision d’éliminer les chefs protestants. Tout en soulignant que le massacre n’a pas été planifié, il estime qu’il « constitue le premier massacre de cette ampleur qui se trouve lié avec une politique d’État », et préfigure « de loin les génocides totalitaires ». Cette opinion se discute. En revanche, la chasse aux sorcières représente bien la une préfiguration de l’ingénierie sociale et le contrôle par le régime d’une catégorie de populations jugées comme posant un problème dans la société, comme si une catégorie de gens devait être considérés comme nocifs, malades, contaminés, nuisibles au bon fonctionnement de la société tel que le régime le souhaite.

Remarquons un détail, la durée de la chasse aux sorcières, entre 1480 et 1680 en France et plus tardivement dans d’autres pays européens. Ce qui indique que la France avait un antidote pour achever cette pandémie de peur évoquée du reste dans mon livre sur H1N1 paru en 2009. Cet antidote, c’est la raison et la philosophie, avec Malebranche en première ligne. Si une pandémie virale disparaît avec le virus, une pandémie de peur ne disparaîtra pas avec le virus et risque de se prolonger durablement. C’est ce qui nous pend au nez

 

3) Les juifs et la solution finale. Bien avant la solution finale, il s’est passé des événements en Allemagne depuis la fin de la guerre et l’avènement de la République de Weimar. Entre juin 1921 et janvier 1924, c’est la panique, l’hyperinflation qui devient virale. En novembre 1923, un certain Adolf Hitler organisme le putsch de la brasserie, finit en taule et pour occuper ses journées, rédige un livre qui s’écoulera par millions d’exemplaires. Ces événements auraient dû se calmer sauf que la crise économique de 1929, en deux temps, finit par mettre 6 millions d’Allemands au chômage et ce fut la panique, le climat insurrectionnel et une folie qui s’empara de factions politiques. Un régime devenu encore plus fou occupera le pays et la suite est connue. Le nazisme, c’est un modèle d’ingénierie sociale contemporaine, organisation des naissances, contrôle total des existences, économie de guerre, camps de travail et pour finir, camp de la mort. 6 millions de juifs massacrés, plus d’autres populations sans oublier les terrifiantes expériences du docteur Mengele. Cette folie s’est installée à la faveur des deux vagues, celle de l’inflation puis du chômage, avec un « certain » climat de peur installé la décennie précédant l’avènement du régime fou. La solution finale eut comme but de justifier l’existence d’un régime devenu fou, incapable de stopper le processus engagé. Comme si des décisions étaient irréversibles, conduisant au suicide d’un pays.

 

4) L’Amérique maccarthyste représente un moment de folie ayant émergé dans un régime démocratique que l’on croyait solide. Cette folie est arrivée elle aussi avec un sentiment de crainte et d’inquiétude consécutif au premier conflit satellite lié à la guerre froide. En 1950, Russes, Coréens, Américains s’affrontent et la Chine entre en scène. La Corée est scindée en deux. L’Amérique s’inquiète de prétendus communistes devenus des sortes d’éléments contaminants, des individus pouvant propager de manière virale une idéologie capable de menacer le régime, voire l’anéantir. Des millions d’Américains ont été surveillés alors qu’une véritable paranoïa s’est emparée de l’opinion publique. La contamination du pays par le communisme engendra une panique du régime. La chasse aux rouges fut lancée et nombre d’intellectuels rompus à l’anti-stalinisme se rallièrent au régime. Sauf quelques-uns, le dramaturge Arthur Miller et sa pièce sur les sorcières de Salem.

 

5) Le Covid-19 aurait-il rendu fou le régime et l’opinion publique ? Visiblement le pays a perdu la raison. Autant on peut comprendre l’affolement et les mesures précipitées pendant la première vague, autant on ne peut ni comprendre ni accepter la prolongation ad aeternam de l’état d’exception et les mesures de confinement prise depuis début novembre. Bien évidemment, il n’est pas question de comparer la situation actuelle avec celle de 1933. On retrouve tout simplement des ressorts faits de peur, renforcée avec un arsenal colossal d’intervenants médiatiques appuyant les mesures liberticides du régime. Le climat intellectuel était en place pour faire un très bon terreau sur lequel le régime fait pousser ses contraintes sanitaires, climat, technologies, terrorisme, collapsologie. La peur de la maladie est devenue une peur maladive. Mais aussi la peur du virus devenue une peur virale. Les tests servent à détecter le démon viral caché, à l’instar du marteau des sorcières. Une ingénierie sociale se dessine pour le bien de tous, organisation des dépistages, contrôle des populations, attestations pour se déplacer, même sous Pétain il n’y a pas eu de telle mesures liberticides. Peut-être vont-ils enfermer les contaminés, bientôt les non vaccinés se verront interdire l’accès aux lieux public comme l’a suggéré Christophe Barbier. Faudra-t-il avoir son certificat de vaccination pour circuler ? Les non-vaccinés privés de remboursement de soins ? Une mutation idéologique dangereuse se dessine. Les Français dorment, comme en 1940.

Les anti-masques et les rassuristes sont considérés comme les ennemis du régime, les nouveaux communistes. La plupart des intellectuels se sont ralliés à la doctrine du régime. Début novembre, Alain Finkielkraut défendait le confinement sur le plateau de C à vous, défendant Arditi et tous les autres, à l’image de tous ces intellectuels américains ayant défendu le maccarthysme. L’antisémitisme a commencé avec des textes et des discours, puis des mesures de contrainte furent déployée et après… On ne peut pas comparer ces épisodes, néanmoins le contaminé tend à devenir un élément pathogène de la société, un assassin en puissance accusé de propager la mort, de nuire à la société. Dans valeur actuelles on peut lire ceci :

« Malgré le flou entourant les réalités de cette épidémie, les pouvoirs publics ont pourtant une certitude gravissime : il faut enfermer les Français. Jamais, même sous l’Occupation, ils n’ont vécu une telle restriction de leurs libertés fondamentales. Liberté d’aller et venir, d’entreprendre, de manifester, de culte, de se réunir en famille, même celle de prendre l’air. Tout est à nouveau proscrit, sinon soumis à attestation. Au pays des droits de l’homme, les Français doivent désormais s’habituer à s’asseoir sur ces principes pourtant gravés dans notre Constitution et assurés par toute démocratie. Emmanuel Macron lui-même nous avait prévenus dans son interview du 14 octobre : « On s’était progressivement habitué à être une société d’individus libres. Nous sommes une nation de citoyens solidaires (…) C’est dans le poste de commandement Jupiter, bunker antiatomique enterré à plusieurs mètres sous l’Élysée, qu’Emmanuel Macron a arbitré en faveur de ce tour de vis supplémentaire sur nos libertés. Il a pris l’habitude, ces derniers temps, d’y réunir plusieurs fois par semaine le Conseil de défense. Un cénacle restreint et ultra-confidentiel qui relègue désormais le Conseil des ministres au statut de simple chambre d’enregistrement des mesures qui y sont prises à l’issue de discussions placées sous le sceau du secret défense. « Macron dirige le pays avec des institutions parallèles, des unités d’expertise comme le Conseil scientifique, dont il demeure le membre invariant et qui n’ont aucun fondement institutionnel ! », s’insurge le député LR du Vaucluse Julien Aubert. « Des décisions gravissimes pour les Français sont prises en pleine crise par un seul homme sans consultation préalable des partis d’opposition comme des parlementaires. C’est assez dramatique sur le plan démocratique », s’inquiète de son côté Charles Consigny, avocat pénaliste et ancien chroniqueur de Laurent Ruquier. « J’ai décidé », a lui-même reconnu Macron dans son allocution du 28 octobre dans laquelle il annonçait le reconfinement »

 

6) En conclusion, nous voyons des similarités (à interpréter avec prudence) entre les trois séquences historiques marquées par des crises, une réponse de type ingénierie sociale, et la courte séquence du Covid-19 qui risque de s’intensifier prochainement. La France a été touchée par les attentats de 2015, puis les gilets jaunes en 2018. Ces événements ont suscité un fond de crise expliquant la réponse sanitaire la plus drastique parmi les pays occidentaux. Comme pour les sorcières, le régime traque les contaminés mais c’est pour le bien de tous. Les contaminés sont parfois stigmatisés, occupant une place symétrique à celle des juifs, mais avec des réponses sans communes mesures. Bien que dans certains pays, on ne rigole pas avec la quarantaine, procédure classique en cas d’épidémie, pratiquée depuis le Moyen-Age mais à une échelle locale. Le contaminé est censé se déplacer sur le territoire national et ailleurs. Les rassuristes, les opposants aux mesures sanitaires, occupent la place des communistes sous le maccarthysme. Ils ne sont pas surveillés, juste secoués par les éditorialistes du régime et pratiquement interdits d’antenne sauf exception. Sommes-nous dans une sorte de « solution finale », de gestion « zoopolitique » du parc humain ? C’est plausible et nous n’avons guère d’espoir au vu du degré de soumission des Français. L’Histoire se fait avec des hommes, quand les hommes ont la vertu, le courage, la force, c’est la gloire, quand ils sont soumis, c’est la débâcle. Rome a décliné à partir du IIIe siècle jusqu’au Ve. A notre ère moderne, la débâcle se dessine en quelques décennies.

Cordialement https://www.youtube.com/channel/UCyL4ILvnC-NIZmZrqpm8rHg

Source : Agoravox

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