quelques leçons de la covid-19

29 juin 2020
Par Blog : Le blog de luc pepie

coronavirus

La covid-19 est maintenant largement derrière nous. L’audition de Didier Raoult par la commission d’enquête parlementaire met en lumière des dysfonctionnements qui, au-delà de la crise sanitaire, semblent révélateurs de l’organisation économique et politique de notre société : pression des intérêts capitalistes et propagande médiatique.

La pandémie de Covid-19 semble être largement derrière nous. C’est le moment des bilans. Didier Raoult a été longuement auditionné le 25 juin par la commission d’enquête parlementaire. Il ressort de son audition que

  • L’europe de l’ouest, dont la France et les États-Unis, sont les pays où la mortalité a été la plus forte
  • La France n’avait pris aucune mesure pour se protéger de la pandémie, en dépit des alertes et des dispositions prises par d’autres pays plusieurs mois auparavant : pas de masques, pas de tests, pas de traitement
  • Il aurait fallu, conformément aux préconisations de l’OMS et à l’expérience des Chinois, tester les malades, confiner ceux atteints de la Covid-19 et les soigner
  • Au lieu d’adopter une politique volontariste et d’essayer de s’en donner les moyens (il faut tester donc on va tester, comment faisons-nous ?) les politiques se sont contentés de la politique de leurs moyens (nous ne pouvons pas tester donc les tests sont inutiles, pas de stocks de masques donc les masques sont inutiles…)
  • Les choix stratégiques de santé publique ont été des erreurs : refus de pratiquer des tests massifs, confinement de la population sans distinction, décision de ne pas traiter les malades (si vous avez de la fièvre, restez chez vous, ça passera avec du paracétamol), interdiction de prescrire de l’hydroxychloroquine sur la base d’études scientifiques délibérément mensongères
  • Ces choix ont fait obstacle à l’observation d’une maladie qui était inconnue et ont ainsi ralenti la mise en place de mesures thérapeutiques efficaces
  • Ces choix ont été faits à l’instigation des responsables du Haut conseil de la santé publique et de l’Agence du médicament. Ils ont pourtant été publiquement désapprouvés par leurs prédécesseurs à la tête de ces mêmes agences.
  • Le conseil scientifique chargé de seconder le ministre dans l’organisation du traitement de la pandémie au niveau national ressemblait plus à un club d’amis qu’à un véritable conseil scientifique chargé d’élaborer une politique sur la base de données concrètes. Il ne comportait notamment aucun des spécialistes français du coronavirus reconnus mondialement. Enfin plusieurs de ses membres avaient des conflits d’intérêt majeurs avec l’industrie pharmaceutique, rendant suspecte leur préférence affichée pour le Remdesivir de Gilead au détriment de l’hydroxychloroquine, produit générique
  • Pour Didier Raoult, les causes de ce fiasco général sont d’ordres structurel et personnel
    • Structurel : la France souffre d’un sous-équipement majeur pour traiter ces pandémies ; l’organisation nationale en Centres de référence est obsolète et prétentieuse ;  les centres sont dispersés et leurs capacités technologiques et humaines sont limitées ; ils sont autant de prés carrés qui favorisent un comportement d’appropriation individuelle de la santé publique
    • Structurel : il se fait de moins en moins de recherche dans les CHU
    • Personnel : le ministre est entouré d’incompétents qui œuvrent en sous-main pour des entreprises pharmaceutiques qui ont elles-mêmes vu dans cette pandémie l’occasion de faire monter la valeur de leurs actions boursières
    • Personnel : les médecins ont pris des décisions qui relèvent des politiques (confinement) et à l’inverse, les politiques en ont pris qui auraient dû rester du ressort des médecins (interdiction de l’hydroxycholoquine)

Les leçons à tirer de ce fiasco sont évidentes. Les objectifs à atteindre pour éviter qu’il se renouvelle sont clairs. Réformer le système de santé. Abandonner la vision comptable de la gestion hospitalière qui domine depuis plusieurs décennies. Doter la France d’une véritable structure de recherche médicale en dotant correctement les CHU. Permettre à la recherche d’explorer des pistes d’intérêt public sans intérêt commercial (hydroxychloroquine générique contre Remdesivir breveté). Éliminer à l’hôpital les strates intermédiaires de contrôle financier et administratif, celles dont la mise hors course par le confinement a permis aux soignants de faire vraiment leur travail. Rémunérer correctement les soignants. Mettre fin à la corruption des médecins par l’industrie pharmaceutique.

À mes yeux, cela ressemble diablement à l’esprit du programme du conseil national de la résistance qui voyait dans la santé un bien commun et dans la sécurité sociale un outil pour un service public et non une vache à lait pour les entreprises pharmaceutiques.

Si les objectifs sont relativement simples, les moyens pour les atteindre sont plus complexes et les oppositions aux réformes risquent de se montrer puissantes. Comment faire marche arrière dans la gestion comptable des hôpitaux alors que la baisse des dépenses publiques est au cœur de la RGPP (révision générale des politiques publiques) depuis des années ? Comment mieux rémunérer les soignants alors que les salaires de la fonction publique sont gelés depuis des années ? Comment mieux doter la recherche médicale (et plus généralement toute la recherche) lorsqu’on constate depuis des décennies le désengagement financier de l’état au profit de la mendicité organisée (téléthon, appel aux dons, aux legs…) ? Comment s’opposer efficacement à la corruption du milieu médical lorsqu’Agnès Buzyn, présidente de la Haute autorité de santé puis ministre pouvait déclarer, quand elle était présidente de l’institut national du cancer que « vouloir des experts sans aucun lien avec l’industrie pharmaceutique pose la question de la compétence des experts. » ? Comment lutter contre les conflits d’intérêt lorsque les conflits d’intérêt sont perçus comme bénéfiques jusqu’au cœur de l’état ?

Cette crise sanitaire révèle aussi un biais de notre fonctionnement démocratique : pour que le citoyen puisse donner un avis éclairé sur les questions que soulève cette crise, il faut qu’il soit informé. Cette fonction est la mission de la presse. Or on a pu constater que cette dernière n’a fait que relayer la parole officielle pendant toute la crise de la covid : l’hydroxychloroquine est inefficace, voire toxique ; d’autres molécules sont prometteuses et des essais ont été mis en place… Cette partialité n’a rien d’étonnant de la part des média privés. On sait qu’ils sont majoritairement aux mains de quelques milliardaires. Promouvoir le Remdesivir faisait monter la valeur des actions de Gilead. Bonne affaire si cette molécule avait été promue médication officielle du coronavirus. Gilead aurait pû la vendre au prix de son choix, engranger de substanciels bénéfices et rémunérer grassement ses actionnaires … sur le dos des contribuables qui financent la Sécu. A contrario, quel intérêt à défendre l’hydroxychloroquine générique et quasiment gratuite ? Même si celle-ci s’avère efficace et sans danger alors que le Remdesivir provoque des complications rénales. Par contre, il peut sembler étonnant que les media de service public aient adopté la même attitude. Y compris sur des radios comme France Culture, Didier Raoult a fait l’objet d’attaques ad hominem qui ne mentionnaient ni ses résultats ni ses choix thérapeutiques, mais uniquement son look, sa prétendue gestion dictatoriale de l’IHU, sa connivence avec Donald Trump, son climato-scepticisme etc. Les media de service public ont plus généralement déclenché des attaques en règle contre l’hydroxychloroquine en relayant des études fantaisistes ou mensongères (Recovery, article du Lancet…). Notons que lorsque l’étude du Lancet a été rétractée par ses auteurs après  la révélation de leur mensonge, ces mêmes media n’ont présenté, à ma connaissance, aucune excuse pour avoir manqué à la règle de base du métier de journaliste qui est de vérifier les données avant de les publier. Alors que le mensonge était si gros que dans les 24 heures suivant la publication, le Lancet recevait déjà les premiers courriers de protestation.

Puisqu’il n’est pas envisageable que les journalistes du service public présentent les mêmes conflits d’intérêt que les conseillers du ministre de la Santé, il faut admettre que leur partialité est d’une autre nature. Servilité à l’égard du pouvoir ? Consignes de relayer la parole officielle ? On n’est pas loin des Nouveaux chiens de garde, de Serge Halimi.

Il me semble que la crise de la covid-19 n’est que la conséquence d’une politique d’inféodation aux intérêts des groupes capitalistes qui voient dans l’abandon des services publics le passage obligé pour accroître encore leurs bénéfices. Pour faire avaler cette démolition à une population encore attachée aux services publics, il est impératif de disposer de moyens de propagande suffisamment puissants et convergents. À cet égard, les medias, publics ou privés, remplissent, à de rares exceptions près, la même fonction.

Pour terminer, citons Denis Kessler, ancien responsable du CNPF qui répondait à l’hebdomadaire Challenges, le 4 octobre 2007 : « La liste des réformes ? C’est simple, prenez tout ce qui a été mis en place entre 1944 et 1952, sans exception. Elle est là. Il s’agit aujourd’hui de sortir de 1945, et de défaire méthodiquement le programme du Conseil national de la Résistance ! ». À cette époque, les grandes entreprises avaient toutes collaboré avec les nazis. Le Conseil national de la Résistance avait alors proposé son fameux programme Les jours heureux qui faisait passer l’intérêt public avant les bénéfices financiers. Il serait peut-être temps aujourd’hui de s’en inspirer.

Source : Médiapart

 

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