Maddy Scheurer. La voix bretonne de la gendarmerie

 

 

Capture d’écran 2019-08-27 à 12.04.44Capture d’écran 2019-08-27 à 12.14.50 - copieMaddy Scheurer. La voix bretonne de la gendarmerie

Elle est la voix officielle de la gendarmerie depuis dix mois. À 41 ans, au poste de porte-parole, Maddy Scheurer incarne l’institution, ses 130 000 gendarmes et réservistes. Et un modèle de réussite. La petite Brestoise de Bellevue est entrée dans la maison bleue comme simple gendarme en 1999. Elle est aujourd’hui « lieutenante-colonelle ».

Depuis septembre dernier, la gendarmerie a les yeux bleus. Ceux de la lieutenante-colonelle Maddy Scheurer, nouvelle porte-parole de l’institution. Née à Brest il y a 41 ans, cette femme officier supérieur est celle qui donne le « la » de la gendarmerie dans les médias. Ici pour corriger la fausse info sur le gaz incapacitant des blindés intervenant sur les manifs de gilets jaunes. Là pour expliquer les règles d’emploi propres à la gendarmerie pour les tirs au LBD, ou la nouvelle stratégie de maintien de l’ordre, les moyens déployés, les caméras piéton… « Mon travail consiste à expliquer comment, au sein de la gendarmerie, on fonctionne », résume la porte-parole. Langue de bois ? « Vous pensez ça ? Non, ce n’est pas mon impression. Il y a un vrai rapport de franchise et de transparence, dans la limite du cadre juridique que nous impose la loi », réplique-t-elle, avant d’ajouter, sur le ton de l’ironie : « Bon, oui, j’ai eu deux journées de média-training avant de me lancer, et j’ai aussi suivi un stage de gestion de crise ! » Un peu juste pour affronter la déferlante médiatique liée au mouvement des gilets jaunes, trois mois après sa prise de fonction.

Hyperconnectée, de 6 h 30 à minuit

« Le poste de porte-parole est très atypique et exige une grande résistance, rapporte celle qui l’a précédée en pionnière (le poste n’existait pas avant 2016), la colonelle Karine Lejeune, aujourd’hui commandante du groupement de l’Essonne. C’est un uniforme un peu particulier qu’il fait endosser. Ce poste expose à des moments forts, parfois très difficiles (elle cite l’attentat de Trèbes, les événements de Notre-Dame-des-Landes, et l’ouragan Irma). Cela nécessite une bonne faculté d’adaptation. Et un peu de répondant aussi ! » Karine Lejeune y a « gagné de la confiance en soi ». « Je ne me pensais pas capable de tenir ce poste. À répondre à toutes les questions, sur des sujets extrêmement divers, on devient vite victime d’un syndrome d’illégitimité. Mais il faut aller au-delà ».

« Il y a un gros travail de préparation qui reste invisible au plus grand nombre », témoigne Maddy Scheurer, qui retient de ses premiers mois « l’irruption d’événements écrasant aussitôt ceux qui les ont précédés ». Le poste est hyperconnecté. Son titulaire dopé à l’actualité, sous perfusion « de 6 h 30 à 23 h-minuit ». La lieutenante-colonelle enchaîne mises à jour, conférences, colloques, réunions et groupes de travail (elle suit la préparation du 14-Juillet et du G7 à Biarritz), régulièrement taillés en pièces par les soubresauts de l’actualité. « Je dois m’imprégner de l’évolution de la gendarmerie », explique-t-elle. Son parcours lui a déjà apporté un aperçu du large éventail d’activités de la maison. « Je suis issue du corps des sous-officiers. Cela m’a apporté une vraie expérience du terrain et une bonne vision d’ensemble », avance-t-elle.

Des quotas de femmes jusqu’en 1998

La profession se féminise. Maddy Scheurer, comme Karine Lejeune, en sont la preuve. « Je ne l’ai su que plus tard, mais pour les recrutements de femmes, la gendarmerie avait établi des quotas. Cela n’a cessé qu’en 1998 », rapporte Maddy. Les femmes recrutées à cette époque parviennent depuis quelques années, mécaniquement, aux postes de sous-officiers et officiers supérieurs. L’institution compte désormais aussi trois femmes générales. « La mobile (maintien de l’ordre, NDLR) est la dernière spécialité à s’être ouverte aux femmes », précise-t-elle. C’était en 2016. La lieutenante-colonelle n’évoque le sujet de la féminisation que si on l’interroge sur la question. « Hommes, femmes… Je n’aime pas mettre les gens dans des cases. Nous sommes tous différents. Les diversités de parcours permettent de se compléter. C’est cette richesse qui permet de trouver des solutions pour aider les gens qui nous sollicitent », tranche-t-elle.

« Le parcours de Maddy est exceptionnel, juge Karine Lejeune. Elle a une connaissance très fine de la gendarmerie, en tant que sous-officier puis comme officier. Elle est arrivée là où elle est à force de travail et de volonté. C’est un exemple pour tous. Tous les gendarmes peuvent s’identifier à leur porte-parole ».

Ce parcours (lire ci-dessous) a indéniablement plaidé en sa faveur pour décrocher le poste de porte-parole. Étape par étape, elle a pris « l’escalier social » de la gendarmerie.

Le conseil municipal enfants de Lorient

1998 : elle a 20 ans. Après deux années de prépa HEC à Lyon, elle tente et décroche le concours d’admission à l’école de sous-officier de Montluçon. Un an de formation et la voilà en brigade, à Sainte-Maxime dans le Var. Suivent deux années de formation en unité, pour devenir « gendarme de carrière ». Premières missions opérationnelles, premières enquêtes judiciaires. Premier contact avec la mort. Elle retient surtout « les expériences positives » : « les contacts noués avec la population et les élus ». « Je rendais vraiment service aux gens. C’est ce qui me correspondait ». Cet engagement, elle l’avait déjà expérimenté à Lorient. Elle était en CM1 ou CM2. « J’ai participé au premier conseil municipal des enfants. J’avais déjà, pour ce que je m’en souviens, l’idée de « chose publique ». Pas au sens politique, mais citoyen. Nous avions l’idée de créer des canisettes, et je m’intéressais déjà à la tranquillité publique… »

À 22 ans, elle suit une formation par correspondance pour passer le concours d’officier. Elle intègre l’école en 2003 pour deux ans. Devient maman. Un, deux puis trois enfants. Reprend les études, en parallèle de son activité, et obtient un master 2 « droit et stratégie de la sécurité », en 2013. « J’ai consacré un mémoire aux enjeux de la prévention de la délinquance. C’est un sujet qui me tient à cœur », explique-t-elle.

Passée par les « experts » de la gendarmerie

Des bords de la Méditerranée, elle part en Picardie, fait escale à Paris, rejoint les Pyrénées-Orientales. Elle est passée par l’Institut de recherche criminelle (IRCGN), le royaume des « experts » de la gendarmerie, le Comité interprofessionnel de prévention de la délinquance (CIPD), l’instruction aux élèves gendarmes… Pour finalement atterrir au poste de porte-parole, où elle partage ses journées entre le terrain et ses deux bureaux, au ministère de l’Intérieur et à la direction générale de la gendarmerie nationale, à Issy-les Moulineaux, au sud de Paris.

Fin de parcours ? Toujours pas. « Je suis curieuse (j’ai une formation scientifique !), j’ai toujours aimé prendre des responsabilités. J’aime apprendre et, dans la gendarmerie, avec tous les métiers différents que l’on peut y exercer, on peut apprendre tout le temps ! » La lieutenante-colonelle a été admise à l’École de guerre, qui ouvre les portes vers les sphères supérieures. « Je bénéficie d’un report de scolarité le temps de ce poste », glisse-t-elle. Pensait-elle à la gendarmerie dans sa jeunesse bretonne ?

« Quand j’ai quitté la Bretagne en 1995, j’ai intégré une prépa HEC à Lyon, où mon père entamait une reconversion. Je ne l’ai pas terminée. J’avais besoin de me sentir utile. C’est aussi sans doute parce que j’avais besoin de repères. Avec mon père sous-officier dans la Marine nationale, j’avais jusqu’alors grandi dans un environnement militaire. Cette brusque coupure, à Lyon, m’a fait sentir que c’était le moment de me lancer ».

Souvenirs de Brest

Maddy Scheurer est née à Brest en 1978. Après un passage à Cherbourg, puis à Lorient, elle revient dans la cité du Ponant. « J’habitais le quartier Bellevue. J’en conserve d’excellents souvenirs ». Collège Kerhallet, puis lycée Kerichen. « Les professeurs m’ont donné un enseignement de qualité, ont accompagné mon envie d’apprendre, éveillé ma curiosité intellectuelle et m’ont donné des bases solides pour démarrer ma vie professionnelle ». Elle aimerait bien revenir à Bellevue, « pour remercier et témoigner »… De cette « époque studieuse et harmonieuse », elle se rappelle aussi la patinoire qu’elle fréquentait assidûment. Le basket, « à l’Étendard bien sûr », la chorale au Conservatoire. Les premiers petits boulots, notamment serveuse au Cercle de la Marine. C’est encore en Bretagne qu’elle revient régulièrement se ressourcer, « en famille » (son époux est capitaine dans la gendarmerie, à la DGGN). Elle y retrouve notamment sa plus grande « fan », sa grand-mère, près de Lorient. Elle guette chacune de ses interventions télévisées.
Source :  Le Télégramme

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