Les dessous de l’envoi des gendarmes français en Centrafrique

Selon nos informations, le ministre de l’Intérieur Manuel Valls s’est fait un peu tirer l’oreille pour accepter la présence de gendarmes mobiles dans l’opération Sangaris.

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On en sait un peu plus sur les conditions dans lesquelles des gendarmes mobiles vont se rendre en République centrafricaine pour épauler les militaires de l’opération Sangaris, dans des opérations de maintien de l’ordre et d’appui à la reconstruction du pays. Cette décision a été prise par le président de la République en Conseil de défense restreint le 14 février dernier, à la demande de l’état-major des armées et du ministère de la Défense. Cet envoi était demandé depuis quelques mois par l’état-major, appuyé par des voix concordantes au sein de la gendarmerie.

Le général Bertrand Cavallier nous avait expliqué fin décembre le point de vue des partisans de ce déploiement, qui ne recueillait pas un assentiment général, ni à la direction générale de la gendarmerie, ni au ministère de l’Intérieur. Toujours selon nos informations, les avis seraient même très loin d’être unanimes à la direction de la gendarmerie, certains hauts gradés estimant que ces militaires dépendant aujourd’hui du ministère de l’Intérieur ne sont, notamment, pas en nombre suffisant pour se déployer dans des opérations extérieures. Lesquelles ne seraient par ailleurs pas du tout prioritaires, et ce faisant au détriment des missions sur le sol national. Une source informée nous a confié que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls était de ce dernier avis, peu favorable à ce déploiement. D’aucuns prétendent même que « si cette décision judicieuse a pu être prise, c’est que Manuel Valls n’était pas présent au Conseil de défense ! »

Précurseur

Comme c’est l’usage, une mission « précurseur » a été conduite à Bangui par le lieutenant-colonel Hervé Massiot, commandant le groupement IV/3 de gendarmerie mobile d’Orléans, comptant sept escadrons. Ses états de service pourraient désigner ce spécialiste du maintien de l’ordre pour prendre par la suite la tête de la mission des gendarmes, puisqu’il fut précédemment chef d’état-major au groupement blindé de gendarmerie mobile de Versailles/Satory, chef du groupe d’unités de maintien de l’ordre à Mitrovica (Kosovo) dans le cadre de la mission Eulex, chef de la prévôté de la mission Licorne en Côte d’Ivoire et, au début des années 2000, cadre du Centre national d’entraînement des forces de gendarmerie de St Astier (Dordogne).

Le gouvernement a annoncé que quatre-vingt-dix gendarmes seront déployés au sein de Sangaris. Il s’agira de soixante-dix gendarmes mobiles (gendarmerie « jaune ») répartis en trois pelotons et de vingt gendarmes départementaux (gendarmerie « blanche »). Aux premiers, il reviendra de contribuer au maintien de l’ordre, mais aussi d’aider à la formation et à l’entraînement de leurs homologues africains. Pour les seconds, il s’agira d’épauler la gendarmerie centrafricaine dans les enquêtes de police judiciaire, contribuant ainsi à la restauration de l’État de droit.

Force européenne

Dans un premier temps, les gendarmes français – qui disposent d’un officier supérieur au sein de la force africaine MISCA – seront déployés au sein de Sangaris, avant d’intégrer la mission européenne EUFOR RCA, qui se prépare actuellement et que commandera le général français Philippe Pontiès. À ce stade, des gendarmes portugais, espagnols et polonais (plus une poignée de gendarmes roumains) sont attendus dans le cadre d’une mission de la force de gendarmerie européenne (FGE, aussi appelée EUROGENDFOR, dont l’état-major est à Vicenza, Italie), qui sera intégrée à EUFOR. Ces gendarmes européens devraient être in fine environ cent-quarante, y compris les Français.

Source : Le Point.fr

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