Le GIGN, l’unité d’élite de la gendarmerie, est-il en danger ?

logo-du-gign-sur-l-uniforme-de-l-un-de-ses-membres« Le modèle (du GIGN, ndlr) que nous avons aujourd’hui est-il pérenne, ne souffre-t-il aucune critique ? J’ai demandé une réflexion en interne », a expliqué le directeur général de la gendarmerie nationale, le général Ricahrd Lizurey.

Le patron de la gendarmerie, le général Richard Lizurey, a lancé une réflexion en interne pour savoir si le GIGN est un modèle pérenne face à l’évolution des interventions contre des terroristes radicalisés.

Le célèbre GIGN mondialement connu traverse une période de blues. Et c’est le patron de la gendarmerie lui-même qui l’a récemment déclaré devant la commission de la défense nationale de l’Assemblée nationale. « Le GIGN connaît une période un peu difficile mais c’est normal car les choses évoluent et on ne peut pas considérer qu’il soit au sommet de la pyramide et inatteignable pour l’éternité », a expliqué le général Richard Lizurey, directeur général de la gendarmerie nationale. Mais pourquoi le GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale), l’unité d’élite de la gendarmerie reconnue et enviée dans le monde entier, traverse-t-il une telle période de doute ?

Un constat d’abord, le 13 novembre 2015 lors des attentats de Paris, les hommes du GIGN ne sont pas intervenus : les événements se sont déroulés dans une zone d’intervention de la police, qui est en dehors du périmètre du GIGN. Pas plus qu’ils n’ont pu intervenir lors de l’attaque de Trèbes en mars dernier : ils sont arrivés trop tard. D’où le sentiment du député Yannick Favennec Beco que le GIGN souffre d’être sous-utilisé. Le général Lizurey a estimé que que « ce n’est pas le cas ». Pour autant, le problème actuel du GIGN renvoie au temps nécessaire pour mobiliser les hommes du GIGN sur des interventions extrêmement violentes et rapides face à des terroristes radicalisés et prêts à mourir en martyr. Des interventions où il n’y a plus vraiment de négociation possible avec les terroristes.

« Pour Trèbes, c’est vrai que le temps de projection de Satory a été long et quand ils sont arrivés c’était terminé, mais c’est aussi du fait de la cinétique propre de la crise », a confirmé le général Richard Lizurey.

Un modèle à revoir ?

« Le modèle que nous avons aujourd’hui est-il pérenne, ne souffre-t-il aucune critique ? J’ai demandé une réflexion en interne », a expliqué le directeur général de la gendarmerie nationale. D’où la forte inquiétude qui s’exprime aujourd’hui. Car, a-t-il précisé, « quand on demande aux gens de réfléchir sur un dispositif, ils craignent qu’il soit mis en cause et supprimé ». Cette réflexion intègre également les six antennes du GIGN.

« Le GIGN est un organisme vivant, la gendarmerie tout entière est un organisme vivant, et il faut donc que nous nous interrogions sur notre avenir, sur la manière d’assurer la mission, sur la cinétique et sur le contexte, qui a changé », a estimé le général Richard Lizurey.

L’évolution d’aujourd’hui est dictée par la rapidité des interventions. « Nous sommes aujourd’hui sur une logique de tueries de masse, avec une cinétique extrêmement rapide », a constaté le patron de la gendarmerie. Résultat, a-t-il expliqué, « nous n’avons plus le temps d’attendre une projection, il faut prendre de premières mesures. Le primo-arrivant, c’est le gendarme de brigade, l’intervention spécialisée de premier niveau, c’est le PSIG-Sabre ». C’est d’ailleurs comme cela que ça s’est passé à Trèbes en mars 2018. C’est d’abord la communauté de brigade de Trèbes, qui est arrivée, puis le PSIG-Sabre, suivi de l’antenne GIGN, et, enfin, le GIGN, mais une fois l’opération terminée.

« Tout cela s’est mis en place mais on voit bien qu’il faut s’interroger sur notre modèle, qui doit être revu dans sa cinétique et dans sa conception opérationnelle, non pas pour le mettre en cause mais pour l’améliorer et pour qu’il réponde à l’instant T aux besoins. Nous avons des marges de progression », a expliqué le général Richard Lizurey.

Un nouveau schéma d’intervention

Depuis les attentats de 2015, un nouveau schéma national d’intervention a été mis en oeuvre par le ministère de l’Intérieur. Ainsi, le RAID (police nationale), la BRI (Préfecture de police de Paris) et le GIGN se sont inscrits « dans une perspective nouvelle qui est celle de la proximité », avait expliqué en octobre 2017 devant les députés le général Richard Lizurey. Ce qui est complètement différent de l’organisation d’il y a quelques années : « on était sur des zones de compétences, chacun intervenant dans la sienne », avait-il précisé. La rapidité des crises terroristes a conduit l’Etat à réfléchir à cette organisation et à mettre en avant d’abord le principe de proximité.

« C’est l’unité la plus proche, quelle que soit sa zone de compétences, qui intervient sur un acte terroriste, avait décrit le général Richard Lizurey . Ce qui n’a l’air de rien a toutefois nécessité de grandes discussions. Cela montre la capacité d’adaptation de l’outil dont dispose l’État, face à cette menace nouvelle ».

L’ancien ministre de l’Intérieur Gérard Collomb avait confirmé en mars dernier cette nouvelle doctrine d’intervention. En cas d’attaque, « d’autres effectifs » que le RAID, le GIGN ou la BRI devaient être en « capacité d’intervenir et de garantir une réponse rapide, à commencer par les groupements de gendarmerie départementale et des directions départementales de la sécurité publique, en coordination avec les PSPG et si l’on passe au degré supérieur, les antennes du GIGN et du RAID les plus proches du lieu de l’attaque », avait-il précisé. Après les attentats de 2015, le ministère d’Intérieur a évoqué un plan d’action à vingt minutes. La doctrine a évolué, les situations d’urgence exigent d’intervenir sans attendre les unités nationales.

Fusion avec le RAID ?

Faut-il fusionner le RAID et le GIGN ? Non, avait répondu en mars 2016 sans surprise le directeur national de la gendarmerie, le général Denis Favier, aujourd’hui chez Total. « À première vue, l’idée de la création d’un commandement unique paraît séduisante, dans la réalité, les choses sont plus contrastées », avait expliqué le général Favier, ancien patron du GIGN. Pour le général d’armée, ces missions ne représentent que « 3 % du travail des unités en question ». « Pour les 97 % qui restent, le travail s’effectue dans la zone de compétence avec l’arrestation d’individus recherchés dans le cadre d’enquêtes judiciaires, la neutralisation de forcenés… », avait-il précisé.

Interrogé également, le chef du RAID (Recherche Assistance Intervention Dissuasion) Jean-Michel Fauvergue, devenu aujourd’hui député LREM, était plus nuancé. D’autant que, selon lui, « RAID, BRI, GIGN, plus personne ne s’y retrouve. Il m’arrive de ne pas m’y retrouver non plus. À l’heure actuelle, on fait avec ce que l’on a, compte tenu de l’historique de chacune des unités ». L’ancien patron du RAID s’interrogeait ouvertement : « À moins que l’on ne s’attaque directement à la base du problème, c’est-à-dire qu’on s’interroge sur la pertinence de maintenir en France une force de sécurité dans chacun des corps de la gendarmerie et de la police nationale ».

« Je suis persuadé, mais cela n’engage que moi, que dans les cinq à dix ans qui viennent, une autre vision prévaudra et qu’une fusion des deux corps apparaîtra souhaitable. Sans doute peut-on passer par des étapes intermédiaires avant d’y arriver. L’armée en a peut-être franchie une lorsqu’elle a créé, pour les forces spéciales, un commandement des opérations spéciales (COS) directement placé auprès de l’état-major. Pourquoi ne pas, avant de fusionner les deux unités nationales du RAID et du GIGN, les faire chapeauter par un commandement dirigé par des gens qui s’y connaissent en intervention, et situé au-dessus des directions générales ? »

Source : La Tribune

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