Houlette aurait dû mettre le holà !

On me pardonnera de mettre en évidence ce qui, dans les récentes déclarations d’Eliane Houlette, ex-procureur du PNF (parquet national financier), devant la commission d’enquête parlementaire le 10 juin, a été peu souligné.

Elle affirme avoir subi, dans la gestion de l’affaire Fillon, des pressions multiples et détaillées, lui enlevant quasiment toute initiative, de la part de Catherine Champrenault, procureure générale de Paris promue sous Christiane Taubira.

Je n’ai aucune raison de douter de sa parole proférée sous serment mais je ne peux que m’étonner alors de ses propos lénifiants, quand elle était en fonction, sur la parfaite indépendance qu’on lui aurait laissée. Si sa dépendance était tellement insupportable alors, si contraire à l’idée qu’elle se faisait de la justice, surtout dans une période éminemment politique qui, selon la tradition, appelait une sorte de retenue judiciaire, elle aurait dû mettre immédiatement le holà. Elle aurait à l’évidence bénéficié du soutien de tous les citoyens de bonne foi, à droite comme à gauche, pour son honnêteté et sa liberté.

Mais elle a choisi, magistrat, de travestir la réalité pour la décrire seulement à la retraite. Ce n’est pas bien.

J’entends bien que les audaces rétrospectives sont les plus commodes et qu’on se pose aisément en héros, la bataille terminée.

Je n’avais pas perçu d’emblée le caractère délétère, voire scandaleux de la précipitation procédurale avec laquelle on s’était rué sur François Fillon après l’article dévastateur du Canard enchaîné. J’avais considéré qu’il était nécessaire d’être au fait de ce qui était reproché à François Fillon et qu’une prudence judiciaire en l’occurrence était moins souhaitable qu’une avancée démocratique.

J’avais tort et un certain nombre de données m’ont permis rapidement d’en prendre conscience.

Le 26 janvier 2017, François Fillon annonce qu’il ne serait pas candidat s’il était mis en examen (TF1). Quelques semaines plus tard, il déclare qu’il est convoqué pour sa mise en examen le 15 mars et qu’il maintiendra sa candidature.

C’est dans cette contradiction que s’est engouffrée la machination judiciaire qui a réduit à rien – avec tant d’autres fautes et maladresses imputables à François Fillon lui-même – sa victoire éclatante à la primaire de la droite et du centre.

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La structure hiérarchisée du parquet français – en l’espèce, PNF, parquet général, ministère de la Justice – est connue et on a le droit de soutenir que ce processus n’est pas choquant en soi. Il a d’ailleurs été validé par le Conseil constitutionnel le 8 décembre 2017. Il était normal donc qu’Eliane Houlette informe le parquet général puis, par cette entremise, le garde des Sceaux des affaires importantes qu’elle était chargée de traiter.

Avec François Fillon, ce lien hiérarchique a atteint un paroxysme qui l’a fait totalement changer de nature. Il ne s’agissait plus de veiller à une bonne administration de la justice mais de favoriser un engrenage de destruction, par le judiciaire, d’une candidature qui aurait eu toutes ses chances le moment venu.

Une enquête préliminaire est ordonnée par le PNF. Ensuite on enjoint à Eliane Houlette d’ouvrir une information. Elle renâcle puis se laisse convaincre. Il est vrai qu’on se fonde techniquement sur le risque de la prescription. Un communiqué de presse où Fillon est désigné comme quasiment coupable les oppose.

L’instruction va constituer l’étau dans lequel sera enserré François Fillon avec sa mise en examen précipitée par un juge dont je continue à me demander s’il était partie prenante dans cette manipulation collective ou seulement l’artisan pressé d’accomplir son travail.

Sauf à être naïf, impossible de concevoir un dispositif imprégné d’une telle urgence, avec les conséquences qui ne manqueraient pas d’en résulter, sans l’entente complice de quelques personnalités, d’Eliane Houlette au Conseiller Justice de l’Elysée, en passant par la procureure générale gravement mise en cause, le directeur de la direction des affaires criminelles et des grâces et le cabinet du garde des Sceaux.

( C’est à cause de cette évidence accablante qu’Eliane Houlette et la procureure générale ont procédé, l’une et l’autre, le 19 juin, à un rétropédalage pour tenter de « sauver »le pouvoir politique et judiciaire de gauche d’alors ).

On n’a même pas besoin d’évoquer l’existence d’un cabinet noir puisqu’on a seulement détourné, dévoyé, en quelque sorte privatisé au bénéfice de la gauche des mécanismes acceptables pour la gestion d’autres affaires alors que celle de François Fillon était désirée au sens propre extra-ordinaire et qu’on l’a traitée comme telle.

Ce candidat empêtré dans une contradiction qu’une partialité judiciaire avait créée et exploitée s’est trouvé désarmé à la fois par son respect républicain de ce qui lui était imposé et par le fait qu’il opposait à une forme de massacre une défense très estimable mais beaucoup trop classique. On ne combat pas la répudiation des règles par le fair-play. C’était devenir une victime consentante.

Pour terminer, cette décomposition d’une victoire politique probable par une justice instrumentalisée par des opposants n’a pas seulement été engendrée par ce que je viens de décrire. Mais on ne peut nier l’impact fort de ces péripéties scandaleuses sur le cours de la campagne présidentielle.

Et dire que tout cela aurait pu et dû être évité si Eliane Houlette avait mis le holà à temps !

Source : Philippe Bilger

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