Gilet jaune et policier, le capitaine accusé d’outrage assume les deux à son procès

Interpellé pendant l’acte 45 des gilets jaunes, le capitaine de police Nicolas C. a comparu pour outrage et rébellion. À la barre, il n’a pas vraiment été question de regrets.

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NurPhoto via Getty Images Le capitaine de police Nicolas C. a été arrêté lors de l’Acte 45 des gilets jaunes pour outrage et rebellion.

PROCES – C’est discrètement et en évitant la poignée de journalistes présents, que Nicolas C., 54 ans, et son avocat sont arrivés au tribunal correctionnel de Paris, ce vendredi 11 octobre. Ce capitaine de police comparait libre pour des faits “d’outrage et de rébellion” qui se seraient produit lors de l’Acte 45 des Gilets Jaunes, le samedi 21 septembre, sur les Champs-Elysées. Un week-end noir marqué également par une Marche pour le climat houleuse, et une manifestation contre la réforme des retraites.

Nicolas C. s’avance à la barre. Veste bleu foncée sur chemise claire dans un coton filé, et pantalon vert sombre. D’abord les mains le long du corps, il s’accroche finalement au pupitre devant lui quand la présidente prend la parole. Elle relie la fiche de l’interpellation. Le capitaine de police aurait insulté des voltigeurs qui passaient à moto, les traitant de “pédales”. Il aurait ensuite réitéré ses propos tout en résistant à l’interpellation qui s’en est suivie. “Dans le temps de l’enquête vous avez reconnu avoir proféré des outrages, en revanche vous avez contesté la rébellion. Vous êtes toujours sur la même position”, demande-t-elle.

“Lopette” mais pas “pédale”

Passé par la PJ, la Brigade criminelle ou encore les renseignements généraux, il confirme du haut de son mètre 65. “Je les ai vus passer après qu’il y ait eu des charges, après avoir moi-même ingurgité du gaz alors que je venais de siroter un café sur les Champs, au George V je crois, où le Coca coûte 7,50euros. Je comptais rejoindre la Marche pour le climat et j’ai vu passer cette unité en colonne serrée, sirène hurlante. C’est là que j’ai hurlé à la cantonnade, c’est-à-dire que je m’adressais plutôt aux gilets jaunes qui étaient à coté en disant disant ‘Voilà les voltigeurs’ et j’ai ajouté ‘branleurs’ très probablement, éventuellement, ‘lopette’”.

Nicolas C. réfute être homophobe -“Je ne vous ferai pas l’affront de vous dire que j’ai des amis homosexuels, même si c’est le cas […] Je crois que pédale est un terme qui peut être utilisé par des homophobes, moins lopette”. Il confirme tout de même qu’il a peut-être dit “pédale” et précise que sur le fond son opinion n’a pas changé. Un regret? Dans un très léger sourire dans la voix, il déclare: “Je m’en veux beaucoup, on vieillit, mais je n’avais absolument pas vu les baqueux (policiers de la BAC, ndlr) autour”.

Comment explique-t-il un tel jaillissement? Par l’émotion. Nicolas C, dit qu’il avait besoin que ca sorte, qu’il était en colère.

C’est un capitaine de police qui se trouvait dans un camion non loin qui l’a entendu proférer ces paroles qui l’interpelle. Il est emmené un peu plus loin et allongé sur un capot pour être palpé. C’est là qu’il indique la présence d’une carte de police dans sa poche. Les policiers le soupçonnent d’avoir filmé avec son téléphone de police, ce que ne confirmera pas l’exploitation de l’appareil.

“Des gens qui sont en guerre avec les gilets jaunes”

Le capitaine F. s’éloigne, Nicolas C. reste avec un groupe de “7 ou 8 baqueux”, un canon de LBD perpétuellement pointé sur lui, assure-t-il. “Ce que j’ai trouvé très intéressant, sur le fond, dans tout ça, c’est que dès lors qu’ a été révélé mon grade, j’ai en face de moi des gens qui sont sidérés. On discute, ils sont très taquins. Le sujet principal, c’est que selon eux il est incompatible d’être capitaine de police et d’être dans un cortège de gilets jaunes, j’ai l’impression d’avoir en face de moi des gens qui sont en guerre avec les gilets jaunes”. A l’aise quand il raconte, il prend appui sur sa jambe gauche, les épaules se relâchent.

Selon lui c’est à ce moment là qu’un fonctionnaire de police “grand et jeune” lui demande “dans une posture martiale” d’enlever les mains de ses poches. “Je lui dit: ‘si vous avez peur de ce que j’ai dans les poches vous refaites une palpation mais moi je mets mes mains où je veux’”. C’est là l’acte de rébellion.

La présidente qui s’agace par moment des digression du prévenu évoque peu après la version de ce même policier, J.S., plaignant dans l’affaire. Il décrit un interpellé arrogant et irrespectueux. Après lui avoir demandé ce qu’il faisait dans la police nationale, Nicolas C. aurait répondu : “Si vous n’êtes habilité confidentiel ou secret défense, je serai obligé de vous tuer”. Un sens du sarcasme pas très apprécié des fonctionnaires. Quelques instants plus tard, il se fait mettre des “cerflex” sans résistance.

“Que pensez-vous d’un policier qui commet un délit”, enchaîne peu après la présidente. “C’est un justiciable comme les autres mais qui peut aussi allez manifester comme les autres citoyens. J’ai connu beaucoup de fonctionnaires qui ont commis des délits de toute sorte”. Dans le box, l’avocat s’agite et souffle bruyamment.

Deux mois avec sursis requis

Viens le moment du profil psychologique de l’accusé. Dans son dos, Nicolas C. se tient les mains, l’assurance s’efface laissant place à une certaine fragilité. Traité et suivi pour dépression pendant un an, il explique qu’il n’a plus besoin d’anti-dépresseurs. Cela n’a rien à voir avec son interpellation selon lui. L’examen psychologique de la justice a conclu qu’il était accessible à une sanction pénale.

La partie civile prend la parole. Elle explique que son client a très mal vécu la rébellion venant d’un gradé. Qu’il s’est senti humilié. Elle demande 300 euros pour préjudice morale et 500 euros au titre de l’article 475 , les frais d’avocat.

Au tour du procureur. Pas question selon lui de faire le procès des gilets jaunes, mais il se désole. “Depuis presque un an nous avons vu passer un certain nombre d’auteurs d’infractions dans le cadre des manifestations. Il y a les pro de la casse, qui se forment et s’entraînent et viennent profiter des manifestations pour s’attaquer aux forces de l’ordre, aux représentants de l’Etat, on a les profiteurs et les pilleurs et puis un certain nombre d’individus qui n’entrent dans aucune de ces deux catégories, des gens qui ne vont pas bien mais qui voient dans ces manifestation un certain défouloir, et je crois que c’est ce dont il est question aujourd’hui”, déclare-t-il.

Il ajoute que Nicolas C. ne conteste jamais vraiment les propos. Il réclame deux mois de prison avec sursis.

“Cela en dit long sur la répression des gilets jaunes”

C’est enfin au tour de Me Aitkaki, l’avocat du prévenu de rendre ses conclusions. Il estime que les déclarations des fonctionnaires se contredisent et qu’en ce sens le dossier ne tient. “Le lendemain de l’interpellation un fonctionnaire vient se plaindre d’une rébellion alors qu’il n’est pas cité dans le procès-verbal d’interpellation. Il va se dire victime de faits de rébellion, c’est celui qui tenait le LBD qui filmait toute la scène, et la vidéo ne montre rien de ce qu’il affirme. Il tient un discours différent, il dit que Nicolas C. s’est adressé de façon ferme et définitive en disant ‘bande de pédale’”, explique-t-il.

Dans la fiche d’interpellation, le capitaine F. a écrit à propos des déclarations de Nicolas C.: “Moi les voltigeurs, je les traite de pédale”, rappelle l’avocat.

Agacé, il poursuit sa plaidoirie à l’endroit du procureur qui vient de soupirer à son tour. “L’orientation de ce dossier en dit long sur la façon de réprimer ce mouvement et de faire taire cette colère qui monte. Ne soupirez pas monsieur le procureur s’il n’y avait pas eu de révolution de 1789, il n’y aurait pas la justice aujourd’hui. C’est consternant de voir que chaque samedi des gens sont interpellés dans des conditions rocambolesques”. Il demande la relaxe.

Le délibéré sera rendu dans 15 jours, le 25 octobre. Nicolas C. a été suspendu pour 4 mois et fait également l’objet d’une enquête administrative.

Source : Le Huffpost

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