Essai Estafette Renault de 1975, L’Alouette de la Gendarmerie

Lors de la journée de Renault Classic, que je vous fais découvrir dans ces deux articles ici et . Plusieurs utilitaires étaient en essai libre. Dans le lot, j’ai choisi tout de suite l’Estafette Gendarmerie, d’abord car c’est une icône des années 70 et surtout une légende des Véhicules Utilitaires. Et puis quel plaisir de pouvoir conduire la fameuse S’tafette bleue en mettant le gyrophare et le pin-pon qui vont bien !

Un peu d’histoire

L’Estafette est conçue pour remplacer le vieillissant 1000kg et la trop petite Dauphinoise, en plus leur conception date d’avant-guerre. Sur ce segment la régie possède également la Colorale, qui peine à trouver ses marques, à cause de divers soucis de conception.
Pendant ce temps, Citron cartonne avec son Type H et que les VW Combi débarquent en force. Renault se doit de taper fort et lance sa fourgonnette Estafette en 1959, c’est son premier véhicule à traction avant et carrosserie monocoque.

La première motorisation de l’Estafette sera le 845 cm³ et une boite à trois vitesses issue de la Dauphine. Les motorisations suivantes continueront à suivre l’évolution des citadines de la marque en héritant de leurs moteurs. Ainsi en 1962, elle hérite du fameux Cléon de 1100 cm³ qui équipait la R8 et de sa boite à 4 rapports. L’ultime Cléon l’équipera en 1968, avec un 1290 cm³ qui provient de R12.

L’absence d’arbre de transmission permet d’abaisser le plancher et ainsi augmenter assez conséquemment les volumes de chargements, surtout avec l’ajout la rehausse du toit, apparue en 1965. Énumérer la liste des versions est juste impossible. Car à l’image de son collègue de chez Citroën, le fameux type H, l’Estafette fut un véritable couteau suisse. Elle fut déclinée en un nombre quasi infini de version, presque autant que de corps de métiers.
On les retrouvait équipant tous les artisans, les marchands ambulants de toutes sortes, voir même les corbillards… La régie étant le principal fournisseur des administrations, on la retrouvait en abondance, dans les PTT, l’EDF, l’Armée et bien sûr, celle qui nous intéresse aujourd’hui, la Gendarmerie. Plus un demi million d’unité ont été produits jusqu’en 1980, ou la S’tafette pris sa retraite en laissant la place au Trafic.

Notre Estafette du jour

Ligne

Malgré le peu de changement lors de son histoire, c’est le dernier modèle de l’Estafette qu’on a sous les yeux. C’est la dernière refonte datant de septembre 1968, avec la calandre a fentes horizontales et les pare-chocs gris intégrants les marches pieds. Et suprême raffinement le cerclage des phares chromés !

Une ligne somme toute classique, mais qui fait plus que le job !

Technique

Notre Estafette possède le moteur de la R12. Mais dès le lancement, il est installé en porte à faux avant, ce qui en fait la première traction avant de la marque ! Le freinage des quatre roues indépendantes est confié à quatre tambours. Simple, et économique, la solution parfaite pour un utilitaire !

Je prends le volant de R2136 !

A bord de l’Estafette

Et pour atteindre le poste de pilotage, on escalade le petit marche pied, seul petit regret ce n’est pas un modèle à portière coulissante, dommage car je l’adore ! Première observation, ce n’est pas super grand, mais on est bien dans un utilitaire, tout est fonctionnel et tombe bien sous la main. On est assis en hauteur, le siège conducteur est plutôt confortable, mais en véritable skaï de cuir, donc sa glisse…

Le volant trois branches parait énorme et se trouve presque à l’horizontale. En revanche le pédalier est lui très petit et surtout très rapproché. On notera que la pédale d’accélérateur est une sorte de tige avec un patin en caoutchouc. Le tableau de bord est à l’image de l’auto, simple et pratique. Ne cherchez pas de fioriture, il ne possède que le strict minimum, compteur de vitesse, essuie glaces, et les commandes du chauffage. Comme c’est un véhicule de Gendarmerie, on retrouve l’interrupteur du deux tons pin-pon, bloqué pour cet essai et celui du gyrophare, pas bloqué pour notre plus grand plaisir !

Mise en route !

Une fois la ceinture deux points sans enrouleur passée, je tourne la clef, met un petit coup de gaz et le moulin de 1,3 L se met gentiment frétiller. Mon Estafette est déjà chaude. Le moteur est littéralement aux trois quarts dans la cabine et tout de suite les bonnes odeurs propres aux anciennes arrivent. Un bon mélange de gaz d’échappements, d’huile et d’essence. Le frein à main est repoussé et je passe la première… heu, l’est ou le levier ?

Ah bah, environ dix centimètres derrière mes hanches, pas super pratique ! Heureusement un pictogramme sur le tableau de bord beige, me rappelle que la boite est inversée, première en bas donc ! Avec un peu de mal, c’est partie, le passage de rapport est digne d’un cours de broderie mais après cinq minutes je gère. On sort du parking et je m’intègre dans le flot de circulation.

Bon les freins c’est aussi du 30 ans d’âge, l’anticipation et la prudence seront de mise ce matin. La direction est super légère et peu précise, mais je garde le cap sans difficulté. Sur cet essai mélangeant ville et petite départementale, le petit moteur cravache plutôt bien et dans un bout droit je titille le 80. Notre Estafette bleue pèse quand même sa tonne a sec. A ma grande surprise l’habitacle est peu bruyant malgré le moteur sous nos pieds. Les essais ne durant qu’une vingtaine de minutes, je passe le cerceau, un peu à regret, à mon binôme.

Et en tant que passager ?

Du coup je prends la place de droite, bon là le siège est nettement plus spartiate, voir limite inconfortable. En 1960, lors de l’appel d’offre de la Gendarmerie, les trois grands proposent leurs modèles. Citron et son HY se font recaler car absence de sièges arrière et Peugeot n’a que sont DB4 vieillissant et également sans sièges. La régie propose donc sont Estafette, au look moderne avec sa carrosserie compacte et surtout elle possède de série des sièges tournés vers l’avant.

L’Estafette bleue possède donc 8 places, dont deux rabattables pour y loger un brancard. Le véhicule est assez large pour la table pliante à contre sens ou une grosse radio, polyvalent que je vous disais ! L’année 1963 verra l’abandon des portes placards, à deux battants, pour un ensemble à trois parties type HY. Le plancher est recouvert de la fameuse moquette en bois, type caillebotis noir !

Pour conclure : le kiff

Au final j’ai pu encore réaliser un de mes rêves, surtout que ceux que j’avais petit garçon. L’Estafette a marqué les mémoires, et possède un bon capital sympathie. Même si, pour cette bleue, du temps où elle officiait, la voir sur le bord de la route ou dans son rétroviseur n’augurait rien de bon ! Et maintenant que j’ai pris le volant, je me mets à la place de nos gendarmes, qui devaient poursuivre les malfaisants, cela ne devait pas toujours être une partie de plaisir. Je comprends la mise en place des Citroën SM ou autres bolides. J’ai vraiment pris du plaisir dans cette auto, et malgré quelques défauts, je m’en suis plutôt bien sortis. C’est une auto facile et procure de belles sensations !

J’aimerai juste expliquer deux choses : La présence du GPS s’explique par les essais routiers, pour que personnes ne se perde. Et puis sur certaines photos les indications gendarmerie sont cachées. La législation là dessus n’étant pas super claire, mieux vaut être prudent.

Rouler en Estafette en 2017

Il y a eu énormément de Renault Estafette produites. Pour autant c’était un véhicule professionnel et au final assez peu ont survécu. L’Estafette se trouve dans divers états évidemment, et dans un état très propre comme celle de notre essai, il faudra compter 6.000 € environ. Attention, certaines livrées sont plus recherchées que d’autres. Là, la surface d’exposition artistique qu’on peut trouver sur la voiture est importante. De beaux lettrages et une belle décoration seront toujours appréciées, que ce soit à la revente ou simplement sur les rassemblements !

En plus, ces autos ont parfois été laissées à l’abandon ou usées jusqu’à la corde. Nos campagnes en regorgent, mais ne la sortez jamais d’un champ. Elle ne coûte pas assez cher pour justifier une restauration complète, surtout si la carrosserie a souffert… parce qu’il y en a des panneaux de tôle !

Un exemplaire qui a bien vécu ne sera pas un problème. A défaut d’être performants, les moteurs Billancourt et Cléon sont fiables et surtout on trouve leurs pièces chez la plupart des revendeurs.

Encore merci à Renault Classic pour m’avoir permis cet essai.

Source : New d’anciennes

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