École de gendarmerie: dix ans après, le colonel se souvient

Capture d’écran 2019-10-09 à 11.51.53Denis Lemaître animera une conférence mercredi sur l’histoire de l’école de gendarmerie.

L’école de gendarmerie a fermé ses portes le 31 août 2009. Le colonel Denis Lemaître en était le commandant en second. Dix ans après, il se souvient.

Combien de temps avez-vous passé à l’école de gendarmerie de Châtellerault?

« J’y ai fait trois séjours: élève de mars à juillet 1972, commandant de la deuxième compagnie de septembre 1983 à fin août 1987, colonel commandant en second de septembre 2004 au 31 août 2009. Ce jour de fermeture de l’école est une date très particulière pour moi, puisque c’était aussi mon 58 anniversaire et le jour de mon départ à la retraite. »

Que retenez-vous de toutes ces années?

« En tant qu’élève: l’apprentissage du métier de gendarme qui m’attendait. Comme commandant de compagnie: le plaisir quotidien de former les élèves futurs sous-officiers et leur transmettre l’amour du métier. Et comme commandant en second: le bonheur de faire profiter aux jeunes de l’expérience de terrain que j’avais engrangée. Les élèves étaient demandeurs de ça! »

« Le 31 août 2009 on avait envie de pleurer »

Quel est votre meilleur souvenir?

« D’abord, ma fin de stage en juillet 1972. Je termine major de promo et deviens officier dans une unité de la gendarmerie française à Berlin. Ensuite, le jour de 1985 où je reçois la médaille de bronze de la Défense nationale. Enfin, le 26 juin 2009, la dernière cérémonie de fin de stage d’élèves gendarmes adjoints volontaires: je remets la lettre de félicitations à une jeune femme major de promo; la seule femme major de promo de l’histoire de l’école – les femmes n’y ont eu accès qu’à partir de 2008. »

Et votre plus mauvais?

« La descente des couleurs le 31 août 2009. C’était terrible, on avait envie de pleurer. Les derniers mois ont été difficiles. Pour le cinquantenaire de l’école en 2008, on savait déjà que ça allait fermer, on n’a pas fêté cet anniversaire comme on l’aurait voulu. »

Quel était l’esprit de l’école de gendarmerie?

« Un esprit de famille et un sens de l’humain très fort. Le colonel Rathouin, le dernier commandant de l’école, la comparait à une école communale de garçons. Il y avait une grande proximité entre les cadres et leurs élèves. C’était notre force et on y veillait. On avait la chance d’être une petite structure avec seulement cinq compagnies, soit, dans les dernières années, 600 élèves pour 100 à 120 personnels d’encadrement. »

Qu’a-t-elle apporté à Châtellerault?

« Le maintien d’une tradition militaire – qui date de l’ouverture de la Manufacture d’armes en 1819 - et un poids économique évident. L’école de gendarmerie, c’était: une centaine de cadres qui vivaient à résidence, le support de CSAC (club omnisports de Châtellerault, aujourd’hui CSAD), des achats alimentaires dans les commerces locaux, des élèves qui sortaient régulièrement… La « Rosée du matin » a longtemps été leur lieu de rendez-vous. Et puis (il sourit): combien de Châtelleraudaises se sont mariées avec des élèves-gendarmes? »

Quelle a été la période dorée de l’école?

« A la fin du XX siècle-début du XXI, ça marchait fort. Il a même été envisagé, un temps, d’accueillir sept compagnies sur le site, soit deux de plus. »

Que reste-t-il de l’école de gendarmerie, dix ans après?

« Le souvenir d’une école qui a fonctionné pendant 51 ans. Depuis dix ans, je m’attache à en rappeler l’histoire. Il reste aussi tous ces professionnels formés ici. Quand l’école a fermé, on estimait qu’un tiers des effectifs de la gendarmerie était issu de Châtellerault. Aujourd’hui, il y en a peut-être encore un quart, ça n’est pas rien! »

 

Conférence « 1958-2009, une école de gendarmerie à Châtellerault », par Denis Lemaître, mercredi 9 octobre, 18h30, salle de la Gornière, à l’initiative de la section histoire
de la Société des sciences.

repères

> Denis Lemaître, 68 ans, est président de la Société des sciences de Châtellerault depuis 2016. Formé à l’école de gendarmerie de Châtellerault en 1972, il a occupé de nombreux postes à responsabilités (sous-officier puis officier) dans la gendarmerie française. Il a terminé sa carrière comme commandant en second de l’école de gendarmerie de Châtellerault (2004-2009), après une mission de trois ans comme commandant de groupement de gendarmerie de l’Aveyron (2001-2004).
> La caserne de Lâage, construite entre 1871 et 1877, a accueilli le 32 Régiment d’infanterie (1877-1934), puis, tour à tour, le 2 bataillon du 14 Régiment de tirailleurs algériens, le 1 bataillon du 125 Régiment d’infanterie, le 33 Régiment d’artillerie. Le 22 septembre 1958, elle devient l’École préparatoire de gendarmerie de Châtellerault. Le 10 octobre 2008, la fermeture de l’école est annoncée par la ministre de l’Intérieur Michèle Alliot-Marie. Le 31 août 2009, l’école ferme.

Recueilli par Anthony Floc’h
Source : Centre Presse

 

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