Deux gendarmes condamnés pour «un pétage de plomb»

LA FERTÉ-MILON (02). Deux militaires de la brigade de gendarmerie locale ont commis un dérapage après un contrôle en mai. Le jeune homme avait porté plainte.

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Les gendarmes condamnés ont été suspendus.</p>
<p>Image d’archives.<br />

Une perte de contrôle, un dérapage, un « pétage de plombs » comme l’ont fait valoir les avocates des prévenus. Elles avaient à défendre des clients pour le moins inhabituels. Jeudi, deux gendarmes de la brigade de La Ferté-Milon devaient répondre tous les deux d’atteinte arbitraire à la liberté individuelle par personne dépositaire de l’autorité publique. Le gradé, un adjudant, était également poursuivi pour des violences. Son subalterne d’abstention volontaire d’empêcher un délit.

Les faits se sont produits dans la nuit du 29 au 30 mai 2014. Ce devait être un banal contrôle mais il en coûte à ces deux gendarmes puisqu’ils ont été condamnés à cinq mois de prison avec sursis pour l’adjudant et à trois mois de prison avec sursis pour l’autre militaire. Un jeune homme circule à scooter, sans casque.

Le tout dure une quinzaine de minutes

Les deux militaires de la brigade locale l’arrêtent. Le contrôle se déroule normalement. Les gendarmes s’apprêtent à quitter les lieux et le jeune homme de leur emboîter le pas quand ce dernier leur envoie au visage une provocation verbale qui atteint sa cible.

Les deux gendarmes prient le jeune homme de monter dans le véhicule. Il s’exécute, pensant vraisemblablement être conduit à la brigade. Seulement, ce n’est pas cette direction que les officiers de police judiciaire prennent. Le soupçonnant d’être impliqué dans plusieurs affaires, dont deux incendies et deux cambriolages, ils le conduisent sur une route secondaire, en dehors de leur secteur, sur le territoire de la commune d’Oigny-en-Valois. Là, le gradé se livre à une sorte d’interrogatoire sauvage, assénant quelques coups de lampe torche dans le tibia droit de la victime lorsqu’elle ne répond pas. Le jeune homme se plaint, lui, de coups plus violents encore. Le tout dure une quinzaine de minutes. Les gendarmes laissent le Milonais sur place. Il dépose plainte le lendemain à la brigade de gendarmerie de Villers-Cotterêts. Me Corroy, pour la défense de l’adjudant, a fait valoir le manque d’effectif à la brigade et la difficulté de mener les enquêtes avec la multiplication des faits dans la commune. Un argument que faisait également valoir Me Diot : « Ils n’ont pas le temps de faire les enquêtes. Ils ont la pression des résultats, des citoyens et de leur hiérarchie. » Me Corroy allait plus loin : « Ce petit jeune de 20 ans qui sème la terreur dans toute la commune, qu’il arrête de prendre les gendarmes pour des abrutis ! »

Un argument que commente après coup le procureur Jean-Baptiste Bladier, contacté hier : « Quelle conclusion tirerait-on s’il avait 15 mentions à son casier ? Cela serait tout aussi grave. » Selon lui, « les faits matériels sont précis ». L’adjudant, 20 ans de carrière, « m’avait donné toute satisfaction et avait mon entière confiance ». Il a requis des peines allant de 4 à 6 mois pour le gradé et 2 à 4 mois pour l’autre gendarme qui n’avait pas osé désobéir. Les deux militaires, qui avaient demandé une dispense d’inscription de la sanction à leur casier, n’ont pas été entendus sur ce point par les juges.

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