Décès, personnes contaminées, en réanimation… Le vrai du faux des indicateurs Covid

epalivefive113053Emanuele Valéri / Maxppp

Des chiffres de contaminations sous-estimés. Des données hospitalières absconses. Une comptabilité sanitaire contestée. « Marianne » vous explique tout.

Tous les voyants sont au rouge ! La France est actuellement confrontée à une accélération brutale de l’épidémie de Covid-19. Mais difficile de s’y retrouver parmi tous les indicateurs, d’autant que certains ne reflètent en rien la réalité de la propagation du virus, quand d’autres sont à contextualiser pour bien les appréhender. Revue de détail des principaux outils statistiques utilisés par le gouvernement pour faire le tri.

Nombre de personnes contaminées : un indicateur sous-estimé ?

Le chiffre est spectaculaire et pourtant en deçà de la réalité. Selon les données de Santé Publique France, la France a connu une forte hausse du nombre de personnes contaminées le dimanche 25 octobre avec 52 010 nouveaux cas détectés. Surtout, l’organisme public fait état de 26 771 nouveaux cas positifs le lundi 26 octobre (les chiffres du lundi sont toujours plus bas, en raison de la fermeture des labos le week-end). Le lundi d’avant, il était de 13 243 cas recensés. Des données qui, mises en parallèle, donnent un aperçu de la dynamique du Covid-19 : un doublement du nombre de cas. Reste que cet indicateur n’est pas le plus fiable, étant très fortement tributaire de l’effort de dépistage de la population française. Certains, comme l’épidémiologiste et biostatisticienne Catherine Hill, estiment même que ces taux sous-estiment le nombre réel des contaminés, les personnes détectées ne représentant que le quart des cas. « On a trouvé 50 000 cas [dimanche]. Je pense qu’il y en a plutôt 200 000 », affirme cette chercheuse. Normal, tout le monde ne se teste pas.

Taux de reproduction du virus : le vrai danger

Le R effectif est un indice très parlant sur la rapidité de diffusion du virus. Il représente le nombre moyen de personnes que contamine un porteur du virus. En dessous de 1, cela signifie que l’épidémie est jugulée puisqu’une personne atteinte du Covid-19 ne contamine plus personne. Au-dessus, cela indique un retour de l’épidémie. Si la situation hospitalière actuelle se rapproche de celle qui fut constatée au cours de la première vague, après la mi-mars 2020, « la diffusion de l’épidémie est cependant plus lente que ce qui avait été observé à cette période : le R effectif SI-VIC était alors autour de 2,5-3, alors qu’il est estimé [à la fin d’octobre] à 1,39 » écrit Santé publique France. Un chiffre à surveiller donc de très près.

Évolution des décès : une donnée contestée

35 018 décès en France, dont 258 en vingt-quatre heures au 26 octobre. Depuis le confinement, le chiffre est répété quotidiennement de façon anxiogène. Le nombre de « nouveaux décès en vingt-quatre heures » est devenu l’un des indicateurs phares de la progression du virus en France, mais aussi dans le monde. Pourtant, il n’apparaît pas être l’indicateur le plus efficace pour mesurer l’avancée ou non de l’épidémie. D’abord parce que les malades qui décèdent du Covid-19 ont été contaminés plusieurs jours, voire plusieurs semaines auparavant. Aussi, d’un point de vue technique, la collecte des informations concernant les décès dans les hôpitaux n’est pas fluide, notamment le week-end. Et pour cause : dès le mois d’avril, Santé publique France admettait que certains hôpitaux ne transmettaient pas ou seulement en partie leurs bilans, faute de personnel ces jours-là.

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Admis en réanimation : la boussole de l’exécutif

Le nombre d’admissions en réanimation, 1 904 du 15 au 22 octobre, fait partie des boussoles pour suivre l’évolution de l’épidémie. Et pour cause : la France ne dispose que de 6 000 lits, d’après la Direction générale de la santé. Indicateur clé de la résilience de l’hôpital hexagonal, le nombre est également déterminant quant aux mesures prises par le gouvernement pour endiguer le virus. Le dimanche 25 octobre, le taux d’occupation des lits de réanimation par des patients Covid sur le territoire frôlait les 51 %. En mars, ils avaient très vite submergé les services de réanimation, donnant notamment lieu au confinement, à des déprogrammations d’opérations ainsi qu’à des transferts de patients vers d’autres régions. « La semaine dernière, des patients Covid de Saint-Étienne ont pu être transférés vers Bordeaux signale Pascal Crépey. Mais l’opération ne pourra pas se réitérer, comme lors de la première vague, d’abord parce qu’aujourd’hui tout le territoire est touché, mais aussi parce qu’il n’est plus question de laisser tomber les autres patients. »

Nouvelles hospitalisations : le baromètre de la peur

Le nombre de malades admis à l’hôpital est l’une des données qui inquiètent le plus les professionnels de santé. Car, dépassé un certain seuil, le risque d’engorgement des services hospitaliers devient réel. Depuis le mois de septembre, la remontée est lente, mais constante. Santé publique France en dénombre 13 066 du 15 au 22 octobre. « Les chiffres augmentent moins vite qu’en mars et avril parce que nous appliquons les gestes barrières, indique l’épidémiologiste Pascal Crépey. Néanmoins, pour l’heure, l’épidémie ne régresse pas, et c’est assez inquiétant. » La semaine dernière, on dénombrait 12 176 nouvelles hospitalisations. La semaine précédente, 7 530. Alors que, la première semaine d’octobre, les autorités n’en comptaient « que » 5 084.

Taux de déprogrammation : le signe d’une submersion

Délaisser les patients non-Covid pour ne s’occuper que de ceux qui sont contaminés… Pour les médecins, c’est l’erreur de la première vague à ne surtout pas réitérer. Pour l’hôpital en général, c’est le signe d’une submersion, d’un dépassement des capacités. « Quand l’hôpital oscille autour de 20 % de déprogrammations, ça va encore, parce que sur certaines pathologies ce n’est pas grave de repousser une intervention explique Jean-Luc Jouve, chirurgien en pédiatrie orthopédique à Marseille. Mais, au-delà de ces 20 %, ça devient critique, les médecins doivent faire un choix et les patients perdent des chances. » Dans les départements touchés de plein fouet par cette deuxième vague, les déprogrammations s’intensifient. À Dijon ou encore à Saint-Étienne, les taux dépassent d’ores et déjà 50 %. Paris et Marseille tiennent à peu près bon avec 25 % de déprogrammations.

Effectif des soignants : pas assez nombreux

La première vague l’avait mis au jour brutalement, la deuxième vague ne fait que confirmer le constat. À l’échelle de la France, 100 000 postes sont vacants dans les établissements de santé, dont 34 000 d’infirmiers et 24 000 d’aides-soignants. Dans le Parisien, Dominique Rossi, le président de la commission médicale d’établissement de l’Assistance publique-Hôpitaux de Marseille (AP-HM), s’est ému de la situation : « Pour tout assumer, il nous faudrait à la louche 100 infirmiers et 25 médecins supplémentaires, sachant qu’on en a déjà recruté 285 depuis le 1er août. » De son côté, pour l’Île-de-France, Pierre-Emmanuel Lecerf, le directeur général adjoint de l’AP-HP, estime qu’« il en manque encore 400. Le budget, on l’a ».Mais il faut du temps pour recruter et former.Sans attendre, un groupe de 21 élus de la Loire ont demandé au gouvernement l’installation d’un hôpital de campagne militaire pour épauler les hôpitaux du département.

 

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