Covid-19 : l’exemple de la rumeur délirante, dite d’Orléans, de mai 1969

par Thierry Gourvénec
mardi 27 octobre 2020
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Je dois me rendre à l’évidence : le fait qu’un professionnel affirme le diagnostic de bouffée délirante collective ne suffit pas à entrainer l’adhésion, même lorsque les symptômes sont manifestes, voire, comme dans le cas de cette covid-19, criants : multiplicité d’incohérences et d’absurdités, virus bénin transformé en virus monstrueux, masques inutiles et dangereux imposés même aux jeunes pourtant indemnes, tests insensés, vision d’une seconde vague sur une courbe plate, virus plus contagieux la nuit en plein air, et, de nouveau, interdiction insensée de l’hydroxychloroquine dont l’efficacité a été amplement démontrée et les études négatives bidonnées déjouées. Jusqu’à la capacité inédite de la nouvelle profession de politico-épidémio-infectiologie de prédire avec certitude l’évolution d’une épidémie sur toute une année. Sans liens avec les contraintes de la production de vaccins par l’industrie pharmaceutique.

Il y a plusieurs raisons à la difficulté d’admettre l’existence d’une bouffée délirante collective dans le cadre de cette covid-19. Je m’exprimerai à ce sujet ultérieurement.

Mais dans un premier temps il me parait indispensable d’amener progressivement le lecteur à mesurer par un exemple historique évident et incontestable (comme je l’ai fait lors de mon interview par Denis Robert sur Le Média), ce que recouvre exactement une bouffée délirante collective, d’observer les comportements qu’elle génère, et de toucher de la pointe de l’esprit cette étrangeté qui fait toute la dimension d’un délire. Une étrangeté où la logique la plus élémentaire est à ce point maltraitée qu’elle peut entrainer irritation d’incompréhension et hostilité de la part des non-délirants ; bizarrerie à laquelle il est si difficile de s’adapter, de s’accoutumer, pour enfin peut-être l’admettre comme provisoirement irrémédiable et irrépressible, et à cause de laquelle les appels répétés à la raison, même bienveillants, même très empathiques, s’avèrent totalement inopérants à extraire le délirant de son délire. Cet arrachement au délire ou sa sortie progressive, et par incidence sa résolution, relève en effet de facteurs très complexes et indicibles sur lesquels il est impossible d’avoir prise, non seulement par manque de connaissances, mais aussi parce qu’ils dépendent de phénomènes irrationnels les plus insaisissables, peut-être même d’une sorte de métaphysique ou d’une certaine forme de magie. De toute façon d’éléments fort divers et non maitrisables.

Je vais donc vous parler de la rumeur délirante, dite d’Orléans, de 1969.

Cette étrange rumeur s’est répandue en France pendant un peu plus d’un mois au printemps de l’année 69. Depuis la publication du célèbre ouvrage d’Edgar Morin dans lequel l’auteur lui consacre une étude sociologique, cette rumeur est connue sous le nom de « Rumeur d’Orléans » en raison de son étude limitée à cette ville et bien qu’en réalité elle se soit manifestée partout en France. Et c’est grâce à la sociologie se référant régulièrement à cette étude et aux psychanalyses freudienne et jungienne, qu’il nous est possible d’admettre l’existence d’un inconscient collectif capable de se manifester de manière pathologique sous forme d’un délire collectif au sein d’une population détenant une culture commune, ou du moins une mémoire collective commune. Un inconscient collectif qui en temps normal est censé se maintenir quiescent, non manifeste, imprégnant notre vie de manière justement inconsciente.

Description de la rumeur à Orléans

Peut-être est-ce précisément le 27 avril 1969, jour du référendum sur le Sénat et la régionalisation proposé par Charles de Gaulle dans le but d’accroitre sa légitimité, et qui se solda par un échec ; en tout cas assurément aux alentours du 28 avril, jour de sa démission de la Présidence de la République en conclusion de cet échec ; et c’est tout aussi sûrement à l’approche des rituelles et très stéréotypées fêtes johanniques consacrées chaque année au culte de Jeanne d’Arc, du 29 avril au 8 mai, laquelle représente aussi aux yeux des français une icône de la résistance à l’envahisseur, que le bruit, qu’une, puis deux, puis bientôt six boutiques de lingerie et de prêt-à-porter du centre-ville organisent la traite des Blanches, se répand dans la ville. Les jeunes filles, dit-on, sont droguées par piqûre dans les salons d’essayage ou grâce à une aiguille placée dans le talon des chaussures qu’elles essaient. Puis elles sont séquestrées dans des caves accessibles par trappe dans les cabines d’essayage et communiquant entre elles par des souterrains dont la ville serait imaginairement truffée. D’où elles sont ensuite emmenées de nuit jusqu’au fleuve, et embarquées sur des bateaux – il est même dit sur des sous-marins – vers des lieux de prostitution exotiques.

Ce qui au départ n’est qu’un bruit, va s’enfler, et se muer en une rumeur, qui va bientôt prendre des proportions démesurées : vingt six femmes, dit-on, ont déjà disparu. Pourtant dans le même temps aucune disparition n’est signalée à la police. Si l’outrance des propos colportés suscite l’ironie chez ceux qu’à l’époque on n’appelait pas des complotistes, le terme n’existant pas encore, et qui veulent n’y voir qu’un délire ou un canular (il y a bien longtemps par exemple qu’à l’époque plus le moindre bateau ne naviguait sur la Loire, et bien sûr encore moins des sous-marins), la folle rumeur, qui n’avait jusqu’alors atteint que les jeunes collégiennes, commence au bout d’un mois, aux environs du 20 mai, à déborder sur le monde des adultes s’emparant bientôt de pans de plus en plus larges de la population. Les évènements prennent alors une tournure des plus inquiétantes. Selon le chef de la police, les religieuses d’institutions scolaires mirent en garde leurs élèves, leur conseillant de ne plus se rendre dans les six magasins incriminés. Il s’avère que les boutiques visées sont toutes situées rue de Bourgogne et rue de la République, ou dans leur proximité immédiate en ce qui concerne le magasin Dorphée, le premier magasin accusé de se livrer à ces pratiques criminelles. C’est sur lui que se concentrera préférentiellement la rumeur. Il appartient à un jeune couple du nom de Licht. Pourtant celui-ci n’apprendra l’existence de la rumeur qui court dans la ville à son sujet que dans les jours qui précèdent l’acmé de la crise, le 31 mai, veille du premier tour des élections présidentielles, jour au cours duquel les menaces vont se faire plus pressantes. Dans son essai de sociologie Edgar Morin raconte, je le cite, que « le samedi matin 31 mai la place du marché devient une zone cyclonale (…) d’où partira un début de panique. Les ménagères s’indignent et s’effraient. Des attroupements se forment autour des magasins (…) Licht se sent environné par la haine ». Mais chose tout à fait surprenante, l’extraordinaire tension qui règne alors ne dérape à aucun moment en violence physique ou même verbale alors même que les crimes reprochés sont très graves. Toute la violence latente s’exprime dans les comportements et les regards. Edgar Morin raconte encore : « Le dimanche électoral casse partiellement, mais temporairement, la rumeur. Celle-ci redémarre le lundi, puissante, ardente, mais l’extension qu’elle a prise les 30 et 31 mai va lui faire rencontrer cette fois, et de face, la riposte ». Car phénomène également très troublant, à cette date, en l’espace de plus d’un mois, aucune prise de position officielle ne s’est manifestée, aucune information n’est apparue dans les médias. Pourtant bien des gens sont au courant. Sauf apparemment les commerçants eux-mêmes. Les médias restent silencieux. Les représentants de l’Etat, les élus, les responsables des médias craignent apparemment un comportement social incontrôlable en cette période électorale tendue.

« A travers filles et femmes, écrit encore Edgar Morin, tous les malaises issus de la nouvelle modernité juvénile, sociale, urbaine se précipitent dans la dépression cyclonale. L’angoisse devenue commune met en résonnance les angoisses archaïques, les angoisses traditionnelles, les angoisses modernes, tandis que tout ce qui isolait et refoulait ces angoisses entre en latence. Dans cette rencontre prodigieuse, et toujours principalement à travers la part féminine de la société, les jeunes et les adultes, le vieil et le nouvel Orléans se rencontrent en une communion hallucinatoire. C’est alors le grand épanouissement de la constellation mythologique (…) Le mythe, à trop s’enfler, doit éclater, à la fois parce que sa crédibilité devient d’une minceur de bulle et parce que son gonflement, déclenchant une première panique agressive, met en alerte la Polis (c’est-à-dire la cité dans le sens politique et social du terme), laquelle, comme le voyait le mythe avec l’extra-lucidité que contiennent les délires, était effectivement absente de l’univers concret où se déployait la rumeur. C’est alors le tamponnement entre ce mythe qui monte à l’assaut d’une ville, et la Polis ». Et en effet, dès le lundi 2 juin, les divers groupes d’influence de la ville vont commencer à dénoncer avec vigueur la rumeur ne s’en prenant en fait qu’à certains commerçants juifs.

Elle se prolongera néanmoins dans l’intervalle du scrutin mais sera désormais combattue. Elle présentera un soubresaut à la veille du second tour des présidentielles pour finalement s’évanouir dans les jours qui suivront, aussi rapidement qu’elle avait éclot.

L’enquête des sociologues, effectuée en juillet, montre qu’à cette date elle ne s’était pas encore totalement effacée de l’esprit d’un certain nombre d’habitants. Elle demeurait sous la forme de questionnements auxquels les personnes interrogées ne pouvaient apporter de réponse, tout en exprimant des doutes persistants sur l’inauthenticité des faits. La remarque qui revenait le plus souvent au cours des interviews était : « il n’y a pas de fumée sans feu ».

Voilà donc bien une rumeur qui possède tous les traits d’une bouffée délirante collective, au cours de laquelle la police tenta en vain de convaincre certains responsables d’institutions scolaires de cesser de propager cette rumeur insensée, absurde, incohérente, puisque, argument normalement imparable, il n’y avait pas eu la moindre plainte ou déclaration de disparation dans la même période. Mais rien n’y faisait, au contraire, plus la police intervenait et plus elle était suspectée d’être de mèche avec les trafiquants.

Pourquoi cette rumeur délirante se déclencha-t-elle aux dates soulignées, s’éteignit un mois plus tard au lendemain du deuxième tour des élections présidentielles anticipées, c’est ce que vous pourrez découvrir avec plus de détails dans le document suivant : JGciKCzrNqJ_La-rumeur-délirante.pdf

Et en résumé voici quelles furent les tenants et les aboutissants de cette rumeur délirante : il faut la comprendre, un an après les évènements de mai 68 ayant déstabilisé de Gaulle, comme la transformation d’une angoisse intense qui traversa des pans entiers de la population, soumise, avec le vote signant la mise à mort politique du père de la 5ème République et aussi considéré comme un père inégalé de la nation, à un profond sentiment de culpabilité et tout autant à un sentiment d’abandon induit par sa démission, en une brutale bouffée délirante parfaitement insensée et inébranlable, qu’une forte mobilisation médiatique et surtout la fin de cette période électorale intensément culpabilisante parvinrent à faire céder.

Dans la situation que nous vivons, le processus délirant présente des analogies avec la rumeur délirante. Mais si sa sémiologie est équivalente, une différence essentielle néanmoins réside dans le fait qu’ici le délire ne part pas de rien, hormis l’angoisse, mais d’une erreur de jugement sur la dangerosité du virus, ou d’une manipulation politique. Et la conviction, en raison de la réaction drastique chinoise, d’être en présence d’un virus de rhume trafiqué éminemment dangereux, créa une peur panique qui déboucha du fait de son intensité sur une bouffée délirante collective. Cependant ici, contrairement à la rumeur délirante, apparemment aucun terme signifiant n’est en mesure d’arrêter le processus délirant en dehors d’une décision politique. Apparemment seul le Président de la République détient ce pouvoir, soit en annonçant la fin de l’épidémie, ce qu’il se refuse à faire ou parce qu’il en est incapable s’il est lui-même délirant, ou encore en démissionnant pour confier les manettes du pouvoir à quelqu’un ayant conservé sa raison.

De Gaulle dont nous célèbrerons le cinquantenaire de la mort le 9 novembre avait eu, lui, l’honnêteté, la majesté, la dignité de démissionner le lendemain du désaveu de son peuple.

Informations diverses :

- Adresse au Président – Jean-Dominique Michel – YouTube

- Bouffée délirante de l’Etat -Darius – Raoult 16.09.2020 – YouTube (2 minutes)

-  MESSAGE à M. Olivier VÉRAN, Ministre de la « Santé » de Jean-Dominique Michel – YouTube (5 minutes)

-La bouffée délirante collective de la covid-19

-Covid-19 : De la difficulté à admettre l’existence d’un délire collectif

-Coronavirus : un délire collectif ? | Mondialisation

- COVID-19 : opération psychologique

- COVID-19 : LA PEUR A-T-ELLE DÉCLENCHÉ UN DÉLIRE COLLECTIF ? – YouTube

JGciKCzrNqJ_La-rumeur-délirante.pdf

La très questionnante saga de l'Escherichia Coli Entéro-Hémorragique

L'épidémie de danse à Strasbourg (1518) - YouTube

Folie dansante, hilarité irrépressible et nonnes possédées : histoires d'hystéries collectives

( Non, c'était une épée, dans un pré... - YouTube ) ]

Source : Agoravox

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