« Ça se termine souvent en bain de sang », raconte un ancien gendarme après la mort de trois soldats en Guyane

Trois soldats sont morts accidentellement dans une opération contre l’orpaillage illégal en Guyane, mercredi, un autre a été grièvement blessé.

19729447Photo d’un village d’orpailleurs illégaux du site de Dorlin, en Guyane. (GENDARMERIE NATIONALE / AFP)

Trois militaires français sont morts accidentellement et un autre a été grièvement blessé, mercredi 17 juillet, dans une opération contre l’orpaillage clandestin en Guyane, a indiqué jeudi 18 juillet la ministre des Armées, Florence Parly. Ils intervenaient sur un site illégal d’extraction d’or, dans la région de Maripasoula, dans le cadre de l’opération Harpie.

Invité de franceinfo jeudi 18 juillet, l’ancien gendarme David Gris, auteur de Garimpeiros, la lutte contre l’orpaillage illégal racontée par un gendarme, explique que les orpailleurs « ont une économie parallèle et leurs propres lois dans la forêt ». Selon lui, « ça se termine souvent en bain de sang, non seulement de leur côté mais aussi du nôtre ».

franceinfo : C’est un combat énorme en Guyanne, il est perdu d’avance ?

David Gris : Rien n’est perdu d’avance, sinon il faudrait l’arrêter tout de suite. Du point de vue de la gendarmerie, tant que nous en auront l’ordre, nous continueront sans relâche. Par contre, c’est vrai qu’il est absolument nécessaire que les pouvoirs politiques s’en mêlent. Au niveau de la Guyanne, ils sont là, ils essayent de faire bouger les choses. Mais il faut absolument faire bouger les lois pour pouvoir lutter efficacement. On connaît les problèmes liés au mercure. Ces populations garimpeiros (ce qui veut dire le chercheur d’or, légal ou illégal) viennent à 99% du Brésil et d’une région très pauvre. Ils sont véritablement à la ruée vers l’or. Ils ont une économie parallèle et leurs propres lois dans la forêt. Ça se termine souvent en bain de sang, non seulement de leur côté mais aussi du nôtre.

Vous parlez de mercure parce que pour un kilo d’or extrait, c’est plus d’un kilo de mercure rejeté dans les rivières ?

Le mercure est un chemin de lutte contre l’orpaillage illégal. Si on arrive à avoir des collaborations efficaces avec les pays limitrophes, le Brésil et le Suriname, contre cette production et cette vente de mercure aux Garimpeiros, je pense qu’on pourra déjà leur faire très mal et faire baisser leur coût de production d’or de l’ordre de 70%. Ensuite c’est tout un phénomène financier. Ils ne pourront plus aller dans les forêts pour exploiter, ils seront obligés de revenir au plus près des rivières et on pourra facilement monter des missions sur ces sites.

Les soldats sont morts dans une galerie souterraine. Est-il courant d’intervenir dans ce genre de lieu ?

L’orpaillage illégal a deux méthodes essentielles. L’alluvionnaire, la plus connue. Ils sont soit sur l’eau par l’intermédiaire de barges, soit ils arrivent à dérouter des petits ruisseaux pour prendre cette eau pour en créer une boue et la filtrer. La deuxième méthode est l’orpaillage primaire, ce sont les galeries souterraines. Depuis tout temps, ils creusent jusqu’à trouver un filon. Ces sont des galeries qui peuvent être très profondes, certaines vont jusqu’à quarante mètres. Depuis 2014-2015, les forces armées guyannaises essayent de poser des bombes pour détruires ces galeries. Ce sont des bombes spéciales car le fait de détruire une galerie pourrait leur faciliter le travail. Ils n’ont qu’à récupérer les pierres pour les broyer et en extraire l’or. Il faut que ce soit un phénomène de tassement pour rendre inexploitable cette mine. Malheureusement ces militaires, en posant les charges, sont morts de façon tragique. Avec les gendarmes et les forces armées, nous sommes tous dans la même galère et nous vivons tous les mêmes aventures dans la jungle.

Source : France TV Info

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>