« Au nom du frère » – Cédric Beltrame Damien Beltrame

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Au nom du frère

« Notre frère Arnaud est mort en héros le 24 mars 2018.
L’émotion a déferlé sur la France et son geste a franchi nos frontières pour susciter admiration et respect à travers le monde.
Son courage, qui nous dépasse, nous oblige aussi.
Nous avons donc voulu faire aux autres, dans ce récit, le don de ce qu’il nous a dit. De ce que nous avons vu. De ce qu’il nous a appris.
Remonter aux racines de son acte qui, pour nous, n’a rien d’un mystère insondable.
Tracer le portrait intime d’un homme d’exception, sans rien occulter des doutes ou des difficultés qu’il pouvait rencontrer,  notamment avec notre père.
On ne lira donc pas ici l’hommage solennel à un mort, mais l’hommage fraternel à un vivant. »
Parution : 09/01/2019
Pages : 198
Format :130 x 205 mm
Prix : 17.00 €
Prix du livre numérique: 11.99 €
EAN :  9782246818830

INTRODUCTION

Une évidence universelle

Notre frère Arnaud Beltrame est mort en héros dans la nuit du 23 mars 2018.

Ce sont pour nous aujourd’hui une douzaine de mots indissociables. Cette phrase, on peut l’enrichir de détails supplémentaires, mais il est impossible d’en rien retrancher.

C’est dire que pour nous, ses deux frères, son cadet et son benjamin, sa mort en héros est un fait historique, au même titre que la date de son décès. « En héros » n’est pas plus un jugement que « dans la nuit du 23 mars », ou « à Carcassonne » si l’on voulait ajouter le lieu.

De même donc qu’on n’interprète pas une date ou un lieu, qu’on n’en discute pas, nous avons décidé de ne pas discuter de ce point, si subjectif en apparence.

Parce qu’Arnaud est aujourd’hui reconnu comme un héros universel. Dès sa mort, son geste a dépassé nos frontières nationales pour susciter admiration et respect à travers le monde. Du président américain, Donald Trump, au pape François, de nombreux dirigeants lui ont très vite rendu hommage.

Mais c’est en France, bien sûr, que l’émotion a déferlé, pareille au fleuve d’Apollinaire, qui « s’écoule et ne tarit pas ».

Dans un dossier du Figaro Magazine, le journaliste Vincent Nouzille est parti à la découverte de ceux qu’il a appelés la « génération Beltrame », ainsi que des centaines d’hommages et de célébrations qui fleurissent sans cesse dans l’Hexagone depuis la cérémonie voulue par Emmanuel Macron aux Invalides. De toutes les plaques à son nom régulièrement dévoilées. Une vague Beltrame d’autant plus importante que les guerres asymétriques et de petits périmètres n’ont pas leurs lieux de recueillement, comme les cimetières des grands conflits précédents, les musées, les édifices retirés à la vie commune pour être réservés à ce seul usage. En revanche, le Bataclan est rapidement redevenu un théâtre et l’on n’imagine pas la salle des coffres du Super U de Trèbes transformée en musée du 23 mars. Ces lieux de recueillement et de célébration, ce sont donc désormais cette myriade de lieux baptisés du nom de notre frère, et retirés ainsi en partie aux usages quotidiens, dans une sacralité républicaine et citoyenne.

Nous devons l’avouer, nous avons longtemps été réticents à écrire ce livre. Si nous avons finalement changé d’avis, c’est parce que nous avons compris devant cet élan que, désormais, Arnaud ne nous appartenait plus. Que son courage, qui nous honorait, nous obligeait aussi. Et qu’il nous fallait faire le don de ce qu’il nous a appris.

Tous ceux qui célèbrent ainsi Arnaud savent très bien ce qu’est un héros. Ils saisissent intuitivement que seul importe son acte, cette bifurcation d’un dixième de seconde qui laisse derrière elle les réductions psychologiques ou sociologiques qu’on voudrait pour explications. Mais notre frère nous lègue quand même une indication : jamais il ne s’est présenté à nous, ou à des tiers, comme « courageux ». Imaginez : « colonel courageux » ! Mais ce qu’il répétait sans cesse, non comme une certitude mais comme un objectif à ne jamais perdre de vue, c’était de nous tenir prêts. Non pas : « J’ai fait des tests, mes constantes sont bonnes, je me sens d’une humeur de héros ce matin. » Mais tout simplement : « Chaque jour, j’essaie de me tenir prêt. »

Son geste n’est pas pour nous un mystère insondable, ce livre ne tente donc pas de l’éclairer, et surtout pas de façon univoque. À l’image des plaques commémoratives dont nous parlions plus haut, il est un lieu de mémoire où hommage fraternel est rendu à un vivant. Il n’est pas consacré à notre vie sans lui, mais à ce que nous avons traversé avec lui, vivant. Car Arnaud ne nous parlait jamais de sa mort. Il n’avait que la vie en ligne de mire.

Nous aimerions finir par un philosophe, et une phrase qui nous semble résumer à merveille ce qu’était la position de notre frère à ce sujet :

« L’homme libre ne pense à rien moins qu’à la mort, et la sagesse est une méditation non de la mort, mais de la vie. »

Arnaud, frangin, tu as été cet homme intensément libre et vivant, et nous aurions tellement aimé prolonger ta biographie jusqu’à ta retraite de héros.

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