Affaire Grégory : Murielle Bolle a-t-elle dit la vérité en 1984 ?

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Murielle Bolle, soumis à un contrôle judiciaire, est tenue de résider loin des Vosges. Elle est hébergée dans la Nièvre. | AFP/PATRICK HERTZOG
Oui, continue de penser Etienne Sesmat, alors capitaine de gendarmerie à Epinal. C’est lui qui menait l’enquête sur la mort de Grégory Villemin, tué le 16 octobre 1984. Murielle Bolle, alors adolescente, avait accusé son beau-frère Bernard Laroche d’avoir enlevé l’enfant. Avant de se rétracter.

Les avocats de Murielle Bolle, 48 ans aujourd’hui, ont déposé vendredi une question prioritaire de constitutionnalité (QPC) afin de remettre en cause la garde à vue, en novembre 1984, de celle qui n’avait alors que 15 ans. Dans un premier temps, elle avait accusé son beau-frère Bernard Laroche, cousin du père de Grégory, d’avoir enlevé le garçon de 4 ans, le 16 octobre 1984, qui avait été retrouvé mort dans la Vologne.

La QPC porte sur les « droits de la défense », « les libertés fondamentales et l’évolution du droit ». « Outre la présence d’un avocat, tout gardé à vue a le droit de se taire et, pour un mineur, le droit d’être assisté par une personne de la famille », a détaillé l’avocat Me Christophe Ballorin, pour qui « les procès-verbaux durant cette garde à vue sont nuls ».

« Elle nous a dit la vérité »

Comment s’était déroulée cette garde à vue ? Etienne Sesmat, alors capitaine de gendarmerie à Epinal, premier enquêteur dans cette affaire, a recueilli les aveux de la rousse adolescente avant qu’elle ne se rétracte. « Je pense qu’elle nous a bien dit la vérité. Surtout qu’elle a réitéré ses aveux à plusieurs reprises avant de se rétracter », se souvient Etienne Sesmat qui a désormais quitté la gendarmerie et qui travaille depuis plusieurs années pour la Régie des transports marseillais (RTM).

Le vendredi 2 novembre, Murielle Bolle relate ne pas être montée dans le car scolaire, ce 16 octobre 1984, comme elle l’avait précédemment déclaré, mais dans la voiture de son beau-frère, Bernard Laroche, à la sortie de l’école. Dans le véhicule se trouvait également le jeune fils de Bernard Laroche, Sébastien. Tous les trois s’étaient rendus à Lépanges-sur-Vologne, là où habitaient Jean-Marie et Christine Villemin. Après s’être absenté quelques instants, son beau-frère était revenu avec un garçon du même âge que Sébastien, qu’il avait installé à l’arrière.

Puis ils étaient repartis à Docelles où Bernard Laroche était à nouveau descendu de voiture avec Grégory Villemin, avant de revenir seul.

« Oui, c’est vrai »

Placée en garde à vue 13 h 30, ce vendredi 2 novembre 1984, Murielle Bolle est à nouveau auditionnée par les gendarmes entre 18 h 15 et 18 h 45. Après une nuit de repos, le lendemain, soit le samedi 3 novembre, elle est à nouveau entendue à 8 h 30. Elle dessine sur un croquis l’itinéraire suivi par Bernard Laroche en voiture. A 10 h 15, selon le procès-verbal d’audition, au gendarme qui insistait sur l’importance de ses déclarations, elle répondit : « Oui, c’est vrai. Je m’en souviens parfaitement. Je m’en souviendrai toute ma vie. »

Le samedi midi, c’est le capitaine Etienne Sesmat qui raccompagne l’adolescente chez ses parents pour le restant du week-end. De manière étonnante, le juge Lambert qui mène l’instruction, n’avait pas souhaité l’entendre immédiatement.

L’interrogatoire devant le juge a lieu le lundi 5 novembre. Murielle Bolle réitère alors ses déclarations et montre l’endroit où Bernard Laroche est venue la chercher en voiture. Ce même jour, ce dernier est inculpé pour d’assassinat et placé sous mandat de dépôt.

Elle revient avec sa mère

Le lendemain, le mardi 6 novembre, l’adolescente est à nouveau entendue par le juge d’instruction où elle se rend accompagnée de sa mère. Mais cette fois, elle se rétracte. Elle relate à nouveau que ce 16 octobre 1984, elle était montée dans l’autobus. Et que si elle avait fait ses aveux contre son beau-frère, c’est parce que les gendarmes l’avaient menacée d’un placement en maison de correction et d’une inculpation de complicité d’assassinat.

Murielle Bolle a-t-elle vraiment subi des pressions de la part des gendarmes pour qu’elle mette en cause Bernard Laroche ? Etienne Sesmat continue de l’infirmer. Il rappelle qu’après des plaintes de la famille Laroche contre les gendarmes, les investigations sur les conditions de la garde à vue de Murielle Bolle se sont soldées par un non-lieu, en juin 1988, confirmé plus tard en appel.

« Durant la garde à vue, son père était venu la voir. Elle avait aussi été examinée par un médecin », rappelle l’ancien capitaine de gendarmerie. L’ordonnance de 1993 mentionne effectivement ses deux visites. A la question du médecin lui demandant si les enquêteurs avaient été corrects avec elle, elle répondit : « Oh oui, ils ont été vachement sympas. » Le médecin avait également constaté que l’ado ne semblait « pas traumatisée ou émue par sa garde à vue », note les juges dans l’ordonnance de 1993.

« C’est peut-être d’elle que viendra la vérité »

Enfin, Etienne Sesmat qui reste persuadé de l’implication de Bernard Laroche, rappelle que plusieurs témoignages corroborent les aveux de Murielle Bolle. Notamment ceux d’un homme qui, à proximité de la maison du couple Villemin, peu avant l’heure de l’enlèvement, se souvient avoir croisé une voiture. A l’intérieur, le conducteur « était un homme assez corpulent et la passagère, assise sur le siège avant droit, était une femme aux cheveux roux ».

Depuis plusieurs mois, un cousin de Murielle Bolle affirme que cette dernière a subi des violences de la part de sa famille pour qu’elle revienne sur ses déclarations. Il aurait assisté à la scène. Murielle Bolle, aujourd’hui encore, continue d’affirmer que ce 16 octobre 1984, elle est montée dans le car scolaire. « C’est peut-être d’elle que viendra la vérité. Mais j’ai du mal à y croire », reconnaît aujourd’hui Etienne Sesmat.

Quant aux récentes requêtes déposées par les avocats de Murielle Bolle pour tenter de faire annuler sa mise en examen pour « enlèvement suivi de mort », aucune décision ne devrait intervenir avant plusieurs mois.

Source : Ouest-France

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