Adama Traoré, la vérité, toute la vérité

Capture d’écran 2020-08-05 à 17.05.47Si la famille de ce jeune homme, mort à l’issue d’une interpellation des gendarmes,demande la justice, alors toute la vérité doit être révélée et les mensonges sur l’affaireconnus. Notre mise au point, après nos premières révélations datant de… 2017.

Première contrevérité Adama Traoré aurait été interpellé lors d’un contrôle aléatoire, qui accréditerait l’idée d’un racisme des gendarmes

Le 19 juillet 2016, c’est parce que Bagui Traoré, le frère aîné d’Adama, est soupçonné d’être impliqué dans une affaire d’“extorsion de fonds au préjudice d’une personne placée sous curatelle renforcée” qu e le procureur de la République demande, sur réquisition judiciaire, un“service de prévention de proximité”. Les faits sont particulièrement accablants : le 8 juillet2016, à Beaumont-sur-Oise (Val-d’Oise), deux hommes et deux femmes sont entrés illégalement dans le domicile d’un couple, dont la femme est sous curatelle. Bagui Traoré fait partie de l’équipe. Ce soir de juillet, la femme vulnérable passe la soirée avec deux amis.Bagui Traoré et ses acolytes « exercent de nombreuses violences sur le couple afin de se faire remettre des objets », nous explique- t-on. À cette occasion, ils dérobent une bague, un collier, 40 euros en liquide, une télévision et des vêtements.

À la suite de cette agression sordide, à la demande de la justice, trois militaires du peloton de surveillance et d’intervention de la gendarmerie (PSIG ) en civil procèdent à des contrôles d’identité de personnes citées dans la réquisition judiciaire. Au moment de contrôler Bagui,qu’ils reconnaissent grâce à des éléments de description — tache de naissance sur la pommette gauche, cicatrice à l’avant-bras droit, cicatrice sur l’auriculaire gauche et le poignet gauche —, une personne qui est avec lui et qu’ils n’identifient pas, lâche son vélo et court.Surpris, deux gendarmes le poursuivent pendant que le troisième reste avec Bagui, qui n’oppose aucune résistance. Rattrapé, l’homme bouscule un gendarme avant d’être menotté à un bras. Ne disposant pas de pièce d’identité, il déclare s’appeler Adama Traoré.Contrairement à ce qui sera dit, ce n’est pas lui mais bien Bagui qui était ciblé par la demande de la justice. Puisque le débat actuel impose d’entrer dans des considérations de couleur de peau, notons que deux des gendarmes ayant participé à l’interpellation d’Adama Traoré étaient eux-mêmes noirs.

Deuxième contrevérité Adama Traoré a été tué à la suite d’une bavure des gendarmes, qui auraient effectué un plaquage ventral

Selon les informations que nous nous sommes procurées auprès de plusieurs sources, aprèsavoir été interpellé, Adama Traoré demande aux gendarmes de faire une pause pour reprendre son souffle. Nous sommes alors en plein été sous un soleil de plomb. Essoufflés eux-mêmes et constatant qu’Adama l’est aussi, les militaires acceptent. Mais tout à coup, un ami d’Adama le reconnaît et l’aide à s’enfuir une nouvelle fois, en frappant un gendarme. Adama échappe une seconde fois aux gendarmes et fuit en courant. Il entre alors dans le domicile d’un habitant et est rattrapé par un autre équipage de trois militaires en uniforme, alors qu’il se cache, allongé par terre, enroulé dans un drap, à côté d’un canapé. Les gendarmes se répartissent les rôles : le premier immobilise les jambes et les deux autres s’occupent chacun d’un bras. Au cours de l’interpellation, qui dure entre trente secondes et une minute, ils s’aperçoivent que l’homme a déjà une menotte attachée au bras — celle passée par le premier équipage de gendarmes.

Menotté et essoufflé, Adama se lève seul et sort debout de l’appartement, escorté par les gendarmes À aucun moment un plaquage ventral (notion qui n’existe pas dans les gendarmes. À aucun moment, un plaquage ventral (notion qui n’existe pas dans les techniques d’immobilisation de la gendarmerie) n’a été effectué par les militaires. Le trajet en voiture jusqu’à la brigade de Persan est très court : un kilomètre. À l’arrivée, un gendarme s’étonne de voir Adama assoupi et découvre une tache d’urine sur le siège. En réalité, il a perdu connaissance. Immédiatement, les pompiers et le Samu sont appelés et Adama est placé à l’ombre en position latérale de sécurité, menotté — en raison des deux tentatives précédentes de fuite —, dans la cour. C’est ce que constateront deux pompiers à leur arrivée.Mais, malgré les tentatives pour le ranimer, il est trop tard. C’est un drame pour tous : Adama Traoré est mort.

Troisième contrevérité Aucune raison médicale autre que la prétendue violence des gendarmes ne peut expliquer la mort d’Adama Traoré

Après avoir constaté la mort d’Adama Traoré dans la cour de la brigade de gendarmerie de Persan, les enquêteurs vont alors découvrir un début d’explication possible à la volonté d’Adama d’échapper aux gendarmes : il portait sur lui 1300 euros en liquide et un sachet avec une petite quantité de cannabis.

D’après nos informations, un rapport d’autopsie révélera qu’Adama était sous l’emprise du cannabis lorsqu’il est mort. Contrairement à ce qui a pu être dit, ce rapport l’atteste : Adama ne présente aucune trace de violence et les gendarmes ne se sont pas assis sur lui, ce qui aurait pu provoquer une asphyxie, thèse relayée par ses soutiens. Au total, Adama a passé seulement dix minutes entre les mains des gendarmes. Tous les témoins qui ont été entendus sont unanimes : il n’y a eu aucune violence à son encontre et Adama avait du mal à respirer etne parvenait que difficilement à parler, selon un témoin. Ce qui ne l’a pas empêché d’essayer de s’échapper.

Une autre explication possible. Bagui Traoré le clame : « Attention,mon frère est malade! »

Quelques minutes plus tard, Bagui Traoré, qui vient d’être interpellé, arrive à son tour à labrigade escorté par les gendarmes après une perquisition chez lui et voit Adama allongé parterre. Il crie : « Attention à mon frère, attention à mon frère, il est malade ! » Il seraeffectivement démontré plus tard qu’Adama — décrit publiquement en bonne santé par safamille — souffrait en réalité d’insuffisance respiratoire et de problèmes cardiaques, ce quecertains de ses proches savaient. D’où son essoufflement. On annonce alors à Bagui la mortde son demi-frère. Il hurle : « Les gendarmes ont tué mon frère ! »

Dans une volonté d’apaisement, le procureur décide de lever sa garde à vue. Persuadé que son frère a vraiment été tué par les gendarmes, Bagui mobilise le quartier. S’en suivront cinq nuits d’émeutes ultraviolentes où les gendarmes seront attaqués sans répit. Un bus servira de bélier dès la première soirée, pour tenter d’enfoncer la grille de la gendarmerie. Plusieurs tireurs chercheront à abattre à l’arme à feu un hélicoptère de la gendarmerie déployé pour observer depuis les airs l’évolution des troubles.

Quatrième contrevérité Adama Traoré était un jeune homme sans histoire

Si la mort d’Adama est un drame et que rien ne la justifie, il faut toutefois rétablir la vérité s’agissant de son parcours. Sans profession, Adama Traoré avait 24 ans lorsqu’il est mort.Selon nos informations, il était connu des fichiers de police pour “recel, violences, violences volontaires sur agent de la force publique, extorsion avec violences, menaces de mort,outrage, conduite sans permis, usage de stupéfiants, vol à la roulotte, vol de véhicule avec violences”. Le fichier du traitement d’antécédents judiciaires (Taj) contient 17 inscriptions à son nom. Il a en outre fait deux séjours en prison : de septembre 2012 à juillet 2014 puis de décembre 2015 à mai 2016, où il a été accusé d’avoir violé son codétenu.

S’agissant de cette accusation de viol, nous l’avons appris : le 25 février 2017, pour venger Adama de l’accusation, l’un de ses frères, Yacouba Traoré, passe à tabac avec plusieurs amis l’ancien codétenu à coups de planche et de bâtons. « Sérieusement blessée, la victime se voit attribuer provisoirement sept jours d’in capacité temporaire totale [ITT] », confiait à l’époque une source proche du dossier. À la suite de cette agression, Yacouba Traoré sera condamné à dix-huit mois de prison ferme, le 15 mars 2017.

Cinquième contrevérité La famille Traoré et son entourage sont pacifiques

Composé de 17 frères (les plus connus de la police sont Bagui — qui se décrit comme le«Nelson Mandela du Val-d’Oise » —, Samba, dit “Paupiette”, et Youssouf) et sœurs (Assa estla meneuse du Comité Adama) issus des mariages de leur père polygame avec quatre femmes, le clan terrorisait la commune de Beaumont-sur-Oise et ses environs, en 2016.

Le 14 décembre 2016, Bagui et Youssouf Traoré sont condamnés par le tribunal de Pontoisepour avoir frappé une policière municipale pour le premier — il écope de huit mois ferme etd’une interdiction de séjour à Beaumont-sur-Oise pendant deux ans — et pour outrage pour lesecond — il est condamné à six mois de prison aménageables.

Le 28 février 2017, Bagui Traoré est extrait de sa cellule pendant que son ancienne épouse etquatre amis sont interpellés. Tous sont en garde à vue pour “tentative d’assassinat sur personne dépositaire de l’autorité publique”. En représailles à leur incarcération, quatre voitures et un bus seront incendiés. Quinze suspects seront interpellés. Yacouba Traoré apparaît comme l’initiateur. Avec huit amis, il sera incarcéré.

Le 21 juillet 2017 dans la nuit, pour l’anniversaire de la mort d’Adama, des affrontements éclatent avec les gendarmes Sept d’entre eux seront blessés À la suite de ces événements.  Sept d’entre eux seront blessés. À la suite de ces événements,entre le 4 et le 14 décembre, quatre tireurs sont arrêtés, pour tentative d’assassinat contre les gendarmes. Tous sont des proches du clan Traoré

Le 12 décembre 2017, Youssouf et Bagui Traoré et trois autres personnes sont identifiés dans un trafic de drogue. À l’occasion de leur interpellation, des munitions, du cannabis et trois véhicules sont saisis.

Le 19 avril 2018, Serene Traoré est condamné à quatre mois de prison ferme et 600 euros d’amende pour outrage contre la maire de Beaumont-sur-Oise.

Jugé le 25 avril 2018 avec son ancienne compagne Sarah B. pour le cambriolage avec violence commis le 8 juillet 2016 contre une personne sous curatelle, Bagui Traoré est condamné à trente mois de prison ferme et son ancienne compagne à vingt- quatre mois, dont six avec sursis.

Le comité Adama se sert des mouvements sociaux et des combats antiracistes pour chercher à s’en prendre à l’état et à nos institutions avec l’aide de l’ultragauche.

Le 17 mai 2018, Samba Traoré frappe « violemment » un jeune homme à la tête après une bataille entre leurs chiens. Nous l’avions appris à cette époque : la victime s’est vu attribuer quarante-cinq jours d’ITT et risquait de conserver des séquelles à vie. Pour ces faits, le tribunal de Pontoise a condamné Samba à quatre ans de prison dont dix-huit avec sursis et mise à l’épreuve. À noter aussi la présence de plusieurs salafistes dans l’entourage proche d’Assa Traoré, la sœur charismatique et meneuse du Comité Adama.

Louis de Raguenel

Source : Valeurs Actuelles

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